‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 145 sur 219 · CN XI LES LITANIES DE SATAN · texte numérisé non relu

CN XI LES LITANIES DE SATAN

O tor, le plus savant et le plus beau des Anges, Dieu trahi par le sort et privé de louanges,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

O Prince de l'exil, à qui l’on a fait tort, Et qui, vaincu, toujours te redresses plus fort,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Tor qui sais tout, grand roi des choses souterraines, Guérisseur familier des angoisses humaines,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, même aux lépreux, aux parias maudits, Enseignes par l’amour le goût du Paradis,

O Satan, ‘prends pitié de ma longue misère !

O toi qui de [a Mort ta vieille et forte amante, Engendras l'Esperance, — une folie charmante !

O Satan, prends pitié de ma longue misère !'

Tor qui fais au proscrit ce regard calme et haut Qui damne tout un peuple autour d’un échafaud,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui sais en quels coins des terres envieuses Le Dieu jaloux cacha les pierres précieuses,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont l'œil clair connaît les profonds arsenaux Où dort enseveli le peuple des métaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi dont la large main cache les précipices Au somnambule errant au bord des édifices,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Tor qui, magiquement, assouplis les vieux os De livrogne attardé foulé par les chevaux,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Toi qui, pour consoler l’homme frêle qui souffre, Nous appris à mêler le salpêtre et le soufre,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Tor qui poses ta marque, Ô complice subtil, Sur le front du Crésus impitoyable et vil,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

RÉVOLTE. 210 Toi qui mets dans les yeux et dans le cœur des filles Le culte de {a plaie et amour des guenilles,

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Bâton des exilés, lampe des inventeurs, Confesseur des pendus et des conspirateurs,

O Satan, prends pitié de ma longue misère !

Père adoptif de ceux qu’en sa noire colère Du paradis terrestre a chassés Dieu le Père,

O Satan, prends pitié de ma longue misère

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