‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 147 sur 219 · LA MORT DES AMANTS · texte numérisé non relu

LA MORT DES AMANTS

Nous aurons des lits pleins d’odeurs lègères, Des divans profonds comme des tombeaux,

Et d’étranges fleurs sur des étagères,

Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à lenvi leurs chaleurs dernières,

Nos deux cœurs seront deux, vastes flambeaux, Qui réfléchiront leurs doubles fumières

Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Un soir fait de rose et de bleu mystique, Nous échangerons un éclair unique, Comme un long sanglot, tout chargé d’adieux ;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes, Viendra ranimer, fidèle et joyeux, Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Page 1