‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 157 sur 219 · Î LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE · texte numérisé non relu

Î LE COUCHER DU SOLEIL ROMANTIQUE

Que le Soleil est beau quand tout frais 1l se lève, Comme une explosion nous lançant son bonjour! — Bienheureux celui-là qui peut avec amour Saluer son coucher plus glorieux qu’un rêve!

Je me souviens !... J’ai vu tout, fleur, source, sillon,

Se pâmer sous son œil comme un cœur qui palpite… — Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite,

Pour attraper au moins un oblique rayon !

Mais je poursuis en vain le Dieu qui se retire ; L'irrésistible Nuit établit son empire, Noire, humide, funeste et pleine de frissons ;

Une odeur de tombeau dans les ténèbres nage, Et mon pied peureux froisse, au bord du marécage, Des crapauds imprévus et de froids limaçons(},

U Le mot : Genus irritabile vatum , date de bien des siècles avant les querelles des Classiques, des Romantiques, des Réalistes, des Euphuistes, etc... Il est

. évident que par l’irrésistible Nuit M. Charles Baudelaire a voulu caractériser

’état actuel de la littérature, et que les crapauds imprévus et les froids limagons sont les écrivains qui ne sont pas de son école,

Ce sonnet a été composé en 1862, pour servir d’épilogue à un livre de M. Charles Asselineau, qui n’a pas paru : Mélanges tirés d'une petite bibliothèque romantique ; lequel devait avoir pour prologue un sonnet de M. Théodore de Banville : Le Lever du Soleil romantique.

(Note de l'éditeur, )

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