DES ROSE
Mère des jeux latins et des voluptés grecques, Lesbos, où les baisers, languissants ou Joyeux, Chauds comme les soleils, frais comme Îles pastèques, Font lornement des nuits et des Jours glorieux ;
Mère des Jeux latins et des voluptés grecques,
Lesbos, où les baisers sont comme Îles cascades
Qur se jettent sans peur dans les gouffres sans fonds Et courent, sanglotant et gloussant par saccades, Orageux et secrets, fourmillants et profonds; Lesbos, où les DU sont comme les cascades!
M Cette pièce et les cinq suivantes ont été condamnées en 1857, par le tri-
bunal correctionnel, et ne peuvent pas être reproduites Le le recueil des FLEURS pu Ma.
(Note de l'éditeur.)
PIÈCES CONDAMNEÉES.
Lesbos, où les Phrynés l'une lautre s’attirent, Où jamais un soupir ne resta sans écho,
À l'égal de Paphos les étoiles vaine
Et Vénus à bon droit peut jalouser Sapho !
Lesbos, où les Phrynés l’une l'autre s’attirent,
Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses, Qui font qu’à leurs miroirs, stérile volupté !
Les filles aux yeux creux, de leurs corps amoureuses,
Caressent les fruits mürs de leur nubilité ; Lesbos, terre des nuits chaudes et langoureuses,
Laisse du vieux Platon se froncer l'œil austère ; Tu tires ton pardon de lexcès des baisers, Reime du doux empire, aimable et noble terre, Et des raffinements toujours inépuisés.
Laisse du vieux Platon se froncer l’œil austère.
Tu ures ton pardon de léternel martyre, infligé sans relâche aux cœurs ambitieux, Qu'’attire lo de nous Îe radieux sourire Entrevu vaguement au bord des autres cieux !
Tu tires ton pardon de Péternel martyre!
Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge
Et condamner ton front pâli dans les travaux, Si ses balances d’or n'ont pesé le déluge
De larmes qu’à la mer ont versé tes ruisseaux ? Qui des Dieux osera, Lesbos, être ton juge ?
Que nous veulent les lois du juste et de l’injuste ?
Vierges au cœur sublime, honneur de Archipel,
Votre religion comme une autre est auguste,
Et l’amour se rira de l'Enfer et du Ciel!
Que nous veulent les lois du juste et de linjuste ?
Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre Pour chanter le secret de ses vierges en fleurs, Et je fus dès l'enfance admis au noir mystère Des rires effrénés mêlés aux sombres pleurs ; Car Lesbos entre tous m’a choisi sur la terre.
Et depuis lors je veille au sommet de Leucate, Comme une sentinelle à l'œil perçant et sûr,
Qui guette nuit et jour brick, tartane ou frégate, Dont les formes au loin frissonnent dans l’azur ; Et depuis lors je veille au sommet de Leucate,
Pour savoir si [a mer est indulgente et bonne, Et parmi les sanglots dont le roc retentit
Un soir ramènera vers Lesbos, qui pardonne, Le cadavre adoré de Sapho, qui partit
Pour savoir si la mer est indulgente et bonne !
De la mâle Sapho, l’amante et Le poëte,
Plus belle que Vénus par ses mornes pâleurs!
— L'œil d'azur est vaincu par l'œil noir que tachète Le cercle ténébreux tracé par les douleurs
De la mâle Sapho, l’amante et le poëte !
— Plus belle que Vénus se dressant sur le monde Et versant les trésors de sa sérénité
Et le rayonnement de sa jeunesse blonde
Sur le vieil Océan de sa fille enchanté :
Plus belle que Vénus se dressant sur le monde!
— De Sapho qui mourut le jour de son blasphème, Quand, msultant le rite et le culte mventé,
Elle fit son beau corps la pâture suprême
D'un brutal dont l’orgueil punit limpiété
De celle qui mourut le jour de son blasphème.
Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente, Et, malgré les honneurs que lui rend Punivers, S’enivre chaque nuit du cri de la tourmente
Que poussent vers les cieux ses rivages déserts. Et c’est depuis ce temps que Lesbos se lamente !