A CELLE OUI EST. TROP GAIE
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage; Le rire Joue en ton visage
Comme un vent frais dans un ciel clair.
Le passant chagrin que tu frôles Est ébloui par a santé
Qui jaillit comme une clarté De tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleurs Dont tu parsèmes tes toilettes Jettent dans l'esprit des poëtes L'image d'un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l’emblème De ton esprit bariolé;
Folle dont je suis affolé,
Je te haïs autant que Je t'aime!
Quelquefois dans un beau jardin Où je traînais mon atonie,
J'ai senti, comme une ironie, Le soleil déchirer mon sein;
Et le printemps et la verdure Ont tant humilié mon cœur, Que j'ai puni sur une fleur L’insolence de la Nature.
Ainsi je voudrais, une nuit,
Quand Fheure des voluptés sonne, Vers les trésors de ta personne, Comme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair Joyeuse, Pour meurtrir ton sein pardonné, Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,
Et, vertigmeuse douceur !
À travers ces lèvres nouvelles, Plus éclatantes et plus belles, T’imfuser mon venin, ma sœur)!
() Les juges ont cru découvrir un sens à la fois sanguinaire et obscène dans Îles deux dernières stances. La gravité du recueil excluait de pareïlles plaisanteries. Mais venin singifiant spleen ou mélancolie, était une idée trop simple pour des criminalistes.
Que leur interprétation syphilitique leur reste sur la conscience !
(Note de l'éditeur.)
PES BITOUX.
La très-chère était nue, et, connaïssant mon cœur, « Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores,
Dont le riche attiraïl ur donnait l'air vainqueur Qu'ont dans leurs jours heureux Îles esclaves des Mores.
Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur, Ce monde rayonnant de métal et de pierre Me ravit en extase, et J'aime à [a fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière.
Elle était donc couchée et se larssait aimer,
Et du haut du divan elle souriait d’aise
À mon amour profond et doux comme Îa mer, Qui vers elle montait comme vers sa falaise.
Les yeux fixés sur mor, comme un tigre dompté, D'un air vague et rêveur elle essayait des poses, Et [a candeur unie à [a lubricité
. Donnait un charme neuf à ses métamorphoses;
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses res, Polis comme de l'huile, onduleux comme un cygne,
Passaient devant mes yeux clairvoyants et sereins; Et son ventre et ses seins, ces grappes de ma vigne,
S’avançaïent, plus câlins que les Anges du mal, Pour troubler le repos où mon âme était mise, Et pour la déranger du rocher de cristal
Où, calme et solitaire, elle s'était assise.
Je croyais Voir unis par un nouveau dessin
Les hanches de l'Antiope au buste d’un imberbe, Tant $à taille faisait ressortir son bassin. | Sur ce teint fauve et brun, le fard était superbe!
— Et la lampe s'étant résignée à mourir, Comme le foyer seul illuminait la chambre, Chaque fois qu'il poussait un flamboyant soupir, Il mondait de sang cette peau couleur d’ambre !