‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 162 sur 219 · LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIRE · texte numérisé non relu

LES MÉTAMORPHOSES DU VAMPIRE

La femme cependant, de sa bouche de fraise,

En se tordant ainsi qu’un serpent sur Îa braise,

Et pétrissant ses sens sur le fer de son buse, Laissait couler ces mots tout imprégnés de muse : — «Morï, j'ai la lèvre humide, et Je sais [a science De perdre au fond d’un lit l'antique conscience. Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants, Et fais rire les vieux du rire des enfants.

Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles, La lune, le soleil, le ciel et les étorles!

Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés, Lorsque j'étouffe un homme en mes bras redoutés, Ou lorsque j’abandonne aux morsures mon buste, Timide et libertine, et fragile et robuste,

Que sur ces matelas qui se pâment d’émor,

Les anges impuissants se damneraïent pour moi!»

Quand elle eut de mes os sucé toute la moelle,

Et que languissamment je me tournai vers elle

Pour lui rendre un baiser d’amour, je ne vis plus Qu’une outre aux flancs gluants, toute pleine de pus! Je fermaiï les deux yeux, dans ma froide épouvante, Et quand je les rouvris à la clarté vivante,

À mes côtés, au Îieu du mannequin puissant

Qui semblait avoir fait provision de sang, Tremblaient confusément des débris de squelette, Qui d'eux-mêmes rendaïent le cri d’une girouette Ou d’une enseigne, au bout d’une tringle de fer, Que balance le vent pendant les nuits d’hiver.

LEVJETS D'EAU:

Tes beaux yeux sont fas, pauvre amante!

Reste longtemps, sans les rouvrir,

Dans cette pose nonchalante

Où t'a surprise le plaisir.

Dans Îa cour Île jet d’eau qui jase

Et ne se tait ni nuit ni jour,

Entretient doucement l’extase

Où ce soir m'a plongé l'amour.

La gerbe épanouie

En mille fleurs, Où Phæœbé réjouie

Met ses couleurs, Tombe comme une pluie

De larges pleurs.

Ainsi ton âme qu’incendie

L'éclair brûlant des voluptés

S’élance, rapide et hardie,

Vers les vastes cieux enchantés.

Puis, elle s’épanche, mourante,

En un flot de triste langueur,

Qui par une invisible pente

Descend jusqu’au fond de mon cœur.

La gerbe épanouie

En mille fleurs, Où Phæbé réjouie

Met ses couleurs, Tombe comme une pluie

De larges pleurs.

O tor, que la nuit rend si belle,

Qu'il m'est doux, penché vers tes seins, D'écouter la plainte éternelle

Qui sanglote dans les bassins!

Lune, eau sonore, nuit bénie,

Arbres qui frissonnez autour,

Votre pure mélancolie

Est le miroir de mon amour.

La gerbe épanouie En mille fleurs, Où Phœæbé réjouie Met ses couleurs, Tombe comme une pluie

De larges pleurs.

PÉSAYEUX DE BERTFHE:

Vous pouvez mépriser les yeux les plus célèbres, Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s’enfuit Je ne sais quoi de bon, de doux comme [a Nuit! Beaux yeux, versez sur moi vos charmantes ténèbres!

Grands yeux de mon enfant, arcanes adorés, Vous ressemblez beaucoup à ces grottes magiques Où, derrière l’amas des ombres léthargiques, Scintillent vaguement des trésors ignorés !

Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes, Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi! Leurs feux sont ces pensers d'Amour, mêlés de Foi, Qui pétillent au fond, voluptueux ou chastes.

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