‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 18 sur 219 · XXII . ÉTUDE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXII . ÉTUDE BIOGRAPHIQUE

Nature qui, participant tout entière au péché origmel, est d’essence satanique. Il va de soi qu’un tel système implique une parfaite maîtrise de soi-même avec la pratique constante de lartifice. Baudelaire ne devait jamais être [le surhomme ou dandy qu’il avait rêvé, car s’il possédait en surabondance l’art de composer son personnage, par contre Île self-control lui manqua toujours — non dans son œuvre, certes! mais dans [a conduite de sa vie. De ce fait et parce qu'il était trop nerveux pour garder fidèlement l impassibilité que réclamait son rôle, il a passé auprès de beaucoup de gens pour un insupportable « poseur ». Mais, aussi vrai qu'on ne saurait lui reprocher d’avoir visé trop haut, il serait absurde de contester la noblesse de son postulat qui, s’'apparentant à [a fois au stoïcisme et au catholicisme, rejomt le culte des héros qu'ont préconisé Carlyle et Nietzsche.

Le zèle avec lequel Baudelaire s’appliquait alors à être un dandy, ne l’empêchait pas d’ailleurs de travailler. Déjà étarent composées bon nombre des pièces qui, quinze ans plus tard, devaient prendre place dans les FÆZEURS Du Mai, et plusieurs de celles qui donnent le ton au livre tout entier. C’est ainsi que Le Rebelle, où Le pécheur préfère la damnation éternelle à la honte de se soumettre; Don Juan, ce héros de limpassibilité qui, tandis que ses victimes l’adjurent et l’invectivent,

Regardait le sillage et ne daïgnait rien voir;

ou encore L’Albatros, semblable au poète dont le martyre terrestre tient dans ce vers magnifique :

Ses ailes de géant l’empêchent de marcher,

tout cela Ctait conçu dès 1843. Dans les crémeries ou brasseries du quartier latin, on saluait l'apparition de Baude-

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