‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 19 sur 219 · ÉTUDE BIOGRAPHIQUE. XXII · texte numérisé non relu

ÉTUDE BIOGRAPHIQUE. XXII

laire en réclamant de lui Une Charogne et Le Vin de l'Assassin, qu'il aimait à psalmodier comme une prose liturgique. Et déjà aussi étaient projetés une bonne part de ses essais de critique picturale. Cependant il ne publiait rien, attendant d’avoir grossi son bagage pour «entrer dans Îa postérité comme un boulet de canon ». D'autre part il avait, en deux ans, dissipé la moitié de son patrimoine. Sa famille prit peur une fois de plus. Passant outre à ses protestations mdignées, elle le faisait doter, en septembre 1844 et dans la personne de M. Ancelle, notaire à Neuilly, d’un conseil judiciaire.

Quand on rencontre, dans sa correspondance, un de ces multiples passages où 11 se lamente au sujet de cette mesure, et malmène l'excellent homme qui avait accepté la tâche mgrate de le préserver de lui-même, on ne peut se défendre de quelque agacement n1 de trouver ses plamtes presque puériles. Mais quand on constate à quel résultat cette précaution devait aboutir, et qu'on pèse les conséquences brutales et permanentes qu’elle allait engendrer, on est bien près de partager son irritation. Baudelaire, à sa mort, laissera un petit capital, mais 1l va payer cet avantage dérisoire d’une gêne qui durera autant que lui-même! C’en est fin: d’un cadre choisi et de ces heures de loisir «embaumé », dont if dira un jour qu’il leur a-dû de devenir ce qu'il est, et de toutes ces délicatesses qui permettent à lartiste d’atténuer la cruauté

D'un monde où l’action n’est pas la sœur du rêve;

lui, si sensible à l'ambiance, lui dont de simples phrases comme celle-ci: « Jar eu longtemps, devant ma fenêtre, un cabaret rouge et vert qui était, pour mes yeux, une

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