‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 216 sur 219 · QUELQUES OPINIONS SUR BAUDELAIRE · texte numérisé non relu

QUELQUES OPINIONS SUR BAUDELAIRE

la gloire durera le plus longtemps, puisque l'émotion qui Ia crée vient du plus éternel et du plus profond de notre cœur.

Francis DE MIoMANDRE (1907). Visages.

Baudelaire a chanté Ia seule passion que le xix‘ siècle pût éprouver avec sincérité : le Remords.

. C’est un extraordinaire mélange du style racmien, et du style ie de son temps. ( Cité d’après Jacques Rivière. )

Paul CLAUDEL.

Lorsqu'on relit Les Fleurs du Mal, on s'aperçoit que le livre, l’un des plus grands du x1x* siècle, a été le pivot sur lequel la poésie française a tourné irrésistiblement.

Hugo ne menait à rien qu’à lur-même. Il épuisait tous ses thèmes. Les Gautier, les Leconte de Lisle, les Banville, puis les Parnassiens s’enfermaient dans leur œuvre comme le ver à soie dans son cocon. Ils n'avaient d'idées que Juste ce qui leur était nécessaire. Le livre de Baudelaïre annonçait un monde nouveau et une poésie nouvelle. Les Fleurs du Mal étaient comme une réplique au poème du Dante. Comme pour le grand Florentin, on se serait volontiers montré dans Baudelaire l’homme qui revenait de Enfer.

. Î n’y a pas eu au xix° siècle un seul poète de mentalité aussi profondément catholique que Baudelaire ni qui ait été plus croyant que ur...

. Chez Baudelaire le poète et l’homme concordent. S'il se prétend artificiel, c’est à force de loyauté scrupuleuse envers lui-même. On sent que son éducation catholique lui a donné l’habitude des examens de conscience les plus minutieux et les plus stricts. Tout ce qui n’est pas la traduction exacte de son état d'âme ou de sa pensée, 1l le confesse factice, 1l y voit un mensonge superbe, qu’il attribue à la perversité foncière de sa nature, et, comme il s’y complaït et en conçoit de la fierté, 1l s’en fait un péché dont il ne peut éprouver de repentir et qui par conséquent risque de le séparer éternellement de Dieu et de le damner. Tel est le drame véritable et tout intime de Baudelaire, le drame dont 1l est le sombre Hamlet.

Alfred PorzAT (19:17). Le Correspondant.

C'est l'élite... et même la portion la plus élevée de l'élite qui, d’une génération à l’autre, imposa Baudelaire au public. Les beautés des Fleurs du Mal ne se découvraïent qu’à une grande hauteur et elles se transmirent de sommets en sommets. Elles ont été vérifiées par l'intelligence avant d’être livrées à l’rmagination et aux sens. À mesure, en effet, que se dégageait la vue moderne sur la philosophie et la science, on apercevait dans la poésie de Baudelaire les profonds contacts entre

la sensibilité et l'esprit où notre époque se reconnait. De Ia fin du

second Empire à nos jours, le mouvement philosophique et l’épanouissement des Fleurs du Mal sont concordants. C’est ce qui explique la destmée smgulière d’une œuvre dont les parties essentielles sont encore entourées d’ombre, mais de jour en Jour apparaissent mieux.

Alfred Capus (1921). Le Gaulois.

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