QUELQUES OPINIONS SUR BAUDELAIRE
samnt-chrême. À travers l’énorme capitale, il va. Mais, parce qu'il est catholique, il se contemple dans sa faute, comme en-un miroir brisé, et s’y pleure!
. Partout on sent la détestation du mal, l'horreur des coupables Here sans cesse Îe spleen qui est déjà le ne ennui qui est la forme moderne du remords; la courbature d'âme qui est la rançon pour avoir voulu de Con . car, en définitive, l’Âme de Baudelaire — et c’est là le drame supérieur qu’elle raconte — est trop en exil dans cette vie... Il est triste comme Satan.
Georges RoDENBACH (1892). Le Figaro.
Baudelaire, sa légende, ses ridicules affectations de dandysme, ses paradoxes des Fleurs du Mal ont exercé, depuis une vingtame d’années. une grande et fâcheuse mfluence... Avec Stendhal, et pour d’autres raisons, mais entre lesquelles on trouverait plus d’une analogie, Baudelaire est l’une des idoles de ce temps, — une espèce d’idole orientale, monstrueuse et diffcrme, dont la difformité naturelle est rehaussée de couleurs étranges et sa chapelle une des plus fréquentées. Indépendans et décadens, symbolistes et déliquescens, dandys de lettres et wagnérolâtres, naturalistes mêmes, c’est là qu’ils vont sacrifier, c’est là qu’ils s’enivrent enfin des odeurs de corruption savante et de perversité transcendantale qui se dégageraient , à ce qu'ils disent, de leurs Fleurs du Mal.
.… Ce n’est qu’un Satan d’hôtel garni, un Belzébuth de table d'hôte. Retranchez des Fleurs du Mal une demi-douzaine de pièces qui ne différent point de celles que vous savez... 1l ne reste que des lieux communs... (Revue des Deux Mondes, 1° juin 1887).
.… Ne pensez pas que Je méconnaisse le talent et l'originalité de Baudelaire. C'était un poète, auquel d’ailleurs 1! a manqué plus d’une partie de son art... Mais c’était un poète, et Je conviens que, pour traduire, pour transcrire certains états de l’âme contemporame, il a trouvé des vers inimitables, d’une intensité de vibration, d’une volupté d’insinuation, d’une puissance de séduction également smgulières et perverses..…
Ferdinand BRUNETIÈRE (1893). L'Evolution de la Poésie lyrique.
s08 NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS.
. le plus pur de nos maîtres et le père spirituel de notre géné-
ration.
Maurice MAETERLINCK (1896). Le Tombeau de Charles Baudelaire.
. le plus profond des poètes.
Octave MirBEAuU. Ibid.
On sait que Baudelaire aflectait d'admirer les poètes du grand siècle, et même Boileau... Ce goût... n’était pas, chez Baudelaire, une affectation, et 1l le prouva on en écrivant ses poëmes, dont la Foie très peu romantique, ne fut pas sans donner à Victor Hugo quelques : inquiétudes. Il y avait autre chose dans Les Fleurs du Mal qu’un «frisson nouveau», 1] y avait un retour au vers français traditionnel. Après les caprices orientaux, on revoyait des cavaliers bien assis sur un cheval solide, sûrs d'eux-mêmes et de leur monture, prêts à tous les exercices utiles ou esthétiques, nullement disposés à [a vaine parade.
Jusque dans le malaise nerveux, Baudelaire garde quelque chose de sain ; on sent assez souvent l’effort que le poète s’mpose pour garder l'équilibre, mais il y a équilibre. Ses poèmes sont composés. I] veut dire quelque chose et il le dit. Ses métaphores sont cohérentes; surtout, elles sont visibles et donnent des visions Jogiques.
Remy DE GourmMonT. Promenades littéraires (1906). Mercure de France, éd.
Comparé à tous les génies qui ont touché le cœur des hommes, il est égal aux plus grands. Pour le bien comprendre, il ne faut pas penser à son temps mais à des hommes comme Rembrandt, Schumann ou Rodin. Il a leur puissance et leur mesure, leur connaissance absolue de la technique d’un artet l appropriation parfaite de cette technique à l'inspiration ; et cette inspiration, nourrie de la douleur humame, garde sa beauté au milieu des pires frissons et tire toute sa noblesse des plus discordantes réalités de nos âmes. Matière mépuisable, riche et décompose, traitée par un travail acharné d’ouvrier, et insufflée de l'esprit même, voilà son œuvre, comme celle de ces grands hommes.
C’est peut-être le plus haut da nos poètes, c’est peut-être celui dont