XXXVI ÉTUDE BIOGRAPHIQUE
Entre temps d’ailleurs il avait appelé au secours de son spleen, comme Faust le Diable, tous les poisons de [a pharmaceutique maudite. Toujours pour échapper à l’étremte de l’horrible réalité, pour en perdre conscience dans des sensations encore Ignorées,
Au fond de l’Inconnu pour trouver du nouveau !
Par méthode aussi peut-être, en vertu de cette même conscience professionnelle qui pousse l'inventeur d’un virus à en vérifier l'effet sur sa propre substance. Ce livre admirable qui s'appelle Les Paradis artificiels n'est pas sorti que de la lecture des Enchantements et tortures d'un mangeur d'opium;
on sait aujourd'hui, par les aveux de sa correspondance, .
que c’est du fruit de ses expériences personnelles beaucoup trop hardies, que Baudelaire a gross l'ouvrage justement fameux de Thomas de Quincey.
Mais ce n'est pas impunément qu'on s’msurge contre la Nature. Elle ne tolère pas qu’on fuie la rigueur de ses lois, elle ne distingue pas entre les motifs, et, dans ses impitoyables sanctions, traite le génie sans plus de ménagements que l'ilote. À quarante ans, le délabrement physique, chez Baudelaire, s'avérait précoce, et quant à son âme, cette âme où 1l s'était appliqué à déchaîner toutes les forces contraires et dont il ne pouvait plus se libérer pour s’êtré trop passionné à en épier les convulsions, …l la traînait comme un boulet.
Quelque étrange qu'il puisse paraître à beaucoup de gens qui n'ont retenu des FLEURS DU MAL que certainés pièces particulrèrement osées, et malgré les propos cyniques qu'on lui a souvent prêtés, Baudelaire était un moraliste,
et même rigoureux. Ce n’est pas hasard ni précaution si,