‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 40 sur 219 · L’ALBATROS · texte numérisé non relu

L’ALBATROS

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers, Qui suivent, indolents compagnons de voyage, Le navire glissant sur les gouffres amers.

À peine les ont-ils déposés sur les planches,

Que ces rois de lazur, maladroits et honteux, Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches Comme des avirons traîner à côté d’eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laïd ! L'un agace son bec avec un brüle-gueule, L'autre mime, en boitant, l’mfirme qui volait!

Le Poëte est semblable au prince des nuées Qui hante la tempête et se rit de larcher; Exilé sur le sol au milieu des huées,

Ses aïles de géant empêchent de marcher.

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