‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 61 sur 219 · LE SERPENT QUI DANSE · texte numérisé non relu

LE SERPENT QUI DANSE

Que j'aime voir, chère imdolente, De ton corps si beau,

Comme une étoffe vacillante, Miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde Aux âcres parfums, Mer odorante et vagabonde

Aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveïlle Au vent du matin,

Mon âme rêveuse appareïlle Pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle De doux n1 d’amer,

Sont deux bijoux froids où se mêle L'or avec le fer.

A te voir marcher en cadence,

Belle d'abandon,

On dirait un serpent qui danse Au bout d’un baton.

Sous le fardeau de ta paresse Ta tête d'enfant

Se balance avec [a mollesse D'un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge Comme un fin vaisseau Qui roule bord sur bord et plonge

Ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte Des glaciers grondants,

Quand l’eau de ta bouche remonte Au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême, Amer et vamqueur,

Un ciel liquide qui parsème D'’étoiles mon cœur!

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