‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 75 sur 219 · TOUT ENTIÈRE · texte numérisé non relu

TOUT ENTIÈRE

Le Démon, dans ma chambre haute, Ce matin est venu me voir,

Et, tâchant à me prendre en faute, Me dit : «Je voudrais bien savoir,

Parmi toutes les belles choses

Dont est fait son enchantement, Parmi les objets noirs ou roses

Qui composent son corps charmant,

Quel est le plus doux.» — O mon âme!

Tu répondis à l'Abhorré :

«Puisqu’en Elle tout est dictame,

Rien ne peut ètre préféré.

Lorsque tout me ravit, JIgnore Si quelque chose me séduit.

Elle éblouit comme l’Aurore Et console comme la Nuit:

Et l'harmonie est trop exquise, Qui gouverne tout son beau corps,

SPLEEN ET IDEAL. 6a

Pour que l'impuissante analyse En note les nombreux accords.

O métamorphose mystique De tous mes sens fondus en un!

Son haleine fait Ia musique, Comme sa voix fait le parfum!»

Que diras-tu ce soir, pauvre âme solitaire, Que diras-tu, mon cœur, cœur autrefois flétri, À Ia très-belle, à [a très-bonne, à la très-chère, Dont le regard divin t'a soudaim refleuri ?

— Nous mettrons notre orgueil à chanter ses louanges, Rien ne vaut la douceur de son autorité:

Sa chaïr spirituelle a le parfum des Anges,

Et son œil nous revêt d’un habit de clarté.

Que ce soit dans la nuit et dans Ia solitude, Que ce soit dans la rue et dans la multitude, Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau.

Parfois ïl parle et dit : «Je suis belle, et j’ordonne Que pour l'amour de moï vous n’aimiez que le Beau; Je suis Ange gardien, la Muse et la Madone!»

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