‹ Œuvres complètes de Charles BaudelaireChapitre 80 sur 219 · LE) FLACON · texte numérisé non relu

LE) FLACON

Il est de forts parfums pour qui toute matière Est poreuse. On dirait qu'ils pénètrent le verre. En ouvrant un coffret venu de l'Orient

Dont la serrure grince et rechigne en criant,

Ou dans une maison déserte quelque armoire

Pleme de läâcre odeur des temps, poudreuse et noire, Parfois on trouve un vieux flacon qui se souvient, D'où jaïllit toute vive une âme qui revient.

Mille pensers dormaient, chrysalides funèbres, Frémissant doucement dans Îles lourdes ténèbres, Qui dégagent leur aïle et prennent leur essor, Teintés d'azur, glacés de rose, lamés d’or.

Voilà le souvenir enivrant qui voltige

Dans Fair troublé; les yeux se ferment; le Vertige Saisit l'âme vaincue et la pousse à deux mains Vers un gouffre obscurcer de miasmes humains;

Il Ta terrasse au bord d’un gouffre séculaire, Où, Lazare odorant déchirant son suaire,

Se meut dans son réveil le cadavre spectral D'un vieil amour ranci, charmant et sépulcral.

Ainsi, quand je serai perdu dans la mémoire Des hommes, dans le coin d’une sinistre armoire Quand on m’aura jeté, vieux flacon désolé, Décrépit, poudreux, sale, abject, visqueux, fêlé,

Je serai ton cercueil, aimable pestilence !

Le témoin de ta force et de ta virulence,

Cher poison préparé par les anges | liqueur

Qui me ronge, 6 la vie et la mort de mon cœur!

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