‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 96 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

comme nu contrat civil, ils n'en jugent que comme d W engagement et d'une convention ordinaire ; mais toutes ces dissertations sont superflues , parce que la preuve testimoniale n'étant pas ici employée pour prouver un mariage, mais seulement pour taire l'application d'un acte de célébration en bonne forme , nos lois les plus rigides ne permettraient pas de la rejeter.

Quant à la qualité des témoins , les habitans de Rejouits sont des témoins nécessaires. Si le mariage avait été célébré dans une ville où se fût tenue une diète de l'Empire , on aurait pu trouver des témoins d un rang pltis élevé; mais à Rejouits, ce que l'on pouvait faire entendre de plus distingué , c'était le pasteur de Téglise luthérienne, ses parens, les échevins du lieu; leur témoignage ne peut donc pas être suspect.

Liés critiques particulières contre les deux actes de célébration ne méritent pas après cela qu'on s*y arrête. On objecte contre celui qui a été délivré en allemand le jour même de la célébration, que Tannée n'y est pas ex-

{)rimée. MaiL* d'abord cette omission est réparée par 'acte inscrit sur le registre, qui marque expressément que c'est le l^*" juin iog5 que le mariage a été célébré; cela est encore justifié par la déposition du sieur Nardin, et parla déclaration de la duchesse d'Oels, du 24 juillet 1726. Mais indépendamment de toutes ces preuves , la date même de l'année est assez indifférente, puisqu'il faut au moins que le mariage ait été célébré avant le divorce de 1 7 ï 4» il faut au moins qu'il ait été célébré avant la mort du sieur Fuchs, qui l'a écrit et signé de sa main, et le sieur Fuchs est mort dès 1 7 1 5 ; or en quelque temps que l'on place le mariage, il sera toujours valable, toujours fait dans un temps libre , puisque le duc de Montbelliard n'a épousé la baronne de l'Espérance qu'en 1 7 1 8. Cette observation n'a donc pas d'objet.

On oppose à l'acte qui est sur le registre , que le corps de l'acte est en latin, et que les lettres initiales sont les. premières lettres de mots allemands, ce qui ne peut pas convenir. Mais outre que ce mélange d'allemand et de latin est fort ordinaire , comme on le peut voir dans l'enquétefaite à Skoki, k ministre Fuchsqui

avait délivré le 1®^ juin iGgS un acte de célébration de mariage en allemand , et qui avait écrit les lettres ini* tiales telles que le duc de Montbelliardles avait dictées, écrivant depuis ce même mariage en latin dans son registre , n'a pas pu faire autrement que d'y copier les •mêmes lettres initiales, qu'il a regardées avec raison comme les seules qui pouvaient caractériser le duc de Montbelliard , rie voulant pas prendre sur lui d'en substituer d'autres dans lesquelles il aurait pu se tromper.

On oppose encore qu'il y a une fausse énonciation dans le registre, ence qu'il y est dit, que l'époux servait dans les troupes de l'électeur de Saxe, sponsus erat ^in militia electoris Saxonici; que cependant le feu duc de Montbelliard servait dans les troupes de l'empereur, et non de l'électeur de Saxe; d'où l'on infère que l'acte même de célébration de mariage est faux. Un pareil raisonnement ne se pardonnerait pas dans une affaire commime ; mais les enfans de la baronne de l'Espérance se persuadent sans doute que l'on peut tout hasarder quand on est animé par de si grands intérêts. L'acte ne peut être faux, puisque l'on convient qu'il est entièrement écrit et signé de la main du ministre de l'église de Rejouits; que son écriture a été vérifiée et certifiée véritable par les magistrats de Skoki : le titre en lui-même ne peut donc souffrir aucune atteinte. Si après cela il s'était glissé dans cette pièce une simple erreur sur une circonstance absolument indifférente à la célébration du mariage , on n'en pourrait rien conclure contre le mariage en lui-même. Un acte de célébration est rapporté en bonne forme; mais en parlant du mari, on lui aura donné la qualité de colonel, pendant qu'il n'était que capitaine : on aura dit qu'il est au service d'un prince au lieu d'un autre. De quelles conséquences ces énonciations plus ou moins exactes peuvent-elles être pour le mariage en lui-même? Rien n'est donc plus indifférent que la circonstance que l'on relève de la part des enfans de la Êaronne de l'Espércince.

Ce que l'on pourrait di^e de plus raisonnable, est qu'il oe serait pas naturel que l'acte de célébration étant ré-

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âigé en présence du duc de Montbelliard , il eût souffert une fausse e'nonciation , et que cette erreur doit faire présumer qu'il n'élait pas à Rejouits. Mais il n'est pas nécessaire de recourir pour cela à une présomption ; le fait est certain et reconnu par le prince de Montbelliard. Il ne faut pas perdre de vue qu'il y a eu deux actes de célébration de mariage : l'im délivré au feu duc de Montbelliard le jour même de la célébration; l'autre inscrit depuis sur le registre de Rejouits dans le cours du mois de novembre 1695. Le premier, rédigé en présence du duc de Montbelliard, est exact, il n'y a pas la moindre énonciation que l'on puisse critiquer; pour celui que le ministre a rédigé six mois après sur son registre , il s'est trompé dans une circonstance absolument étrangère au fait ciu mariage ; mais \e duc de Montbelliard n'était plus à Rejouits; ainsi c'est une simple erreur du ministre, qui ne peut influer sur l'acte de célébration, dans lequel tout ce qui peut former la preuve du mariage, se ta:ouve exactement rédigé : la critique est donc absolument sans objet.

Ces deux actes qui concourent pour établir la même vérité, ne peuvent donc être ébranlés , la plus sévère critique ne peut en affaiblir la foi. Au^si les enfans de la baronne de l'Espérance, qui avaient menacé de s'inscrire en faux pendant que la contestation était pendante au conseil du roi , n'ont-ils pas osé s'engager dans une procédure si dangereuse; ils se contentent aujourd'hui de vaines déclamî^tions, de discours vagues , d'observations frivoles ; comme si la foi des monumens publics Souvait être ébranlée par de simples paroles. Concluons onc que les actes de célébration font ici par eux-mêmes une preuve constante du mariage du feu duc de Montbelliard avec Anne -Sabine de Hedwiger ; que le mariage est certain , et que cette pièce seule ferait le tbndement inébranlable de l'état du prince de Montbelliard.

Actes qui suivent le mariage. — Mais les actes qui ont été passés en conséquence fortifient tellement cette preuve , qu'il y a une témérité sans exemple à vouloir combattre une vérité qui parsut dans un si grand jour. Le mariage de 1696 a subsisté sans aucun trouble jus-

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