‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 3)Chapitre 95 sur 196 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

son fils le 17 juin 1720, dans l'assignat du douaire du 3o novembre, et une infinité d'autres. Cet usage ne lui était pas particulier, et peut-être est-il même très-commun aux princes d'Allemagne ; car on voit que le traité de Wilbacfe est signé par le duc .de Wirteinberg dans cette forme, Louis^Èi^erard DD. V> Il en est de même de toutes les lettres de la duchesse d'Oëls , et des actes signés tant par elle que par le duc Christian-Ulrio duc de Wirtemberg-Oèls : l'usage est donc certain, soit dans la branche de Wirtemberg-otutgard, soit dans celles de MontbeUiard et d'Oëls. Ainsi quand le feu duc de Montbelliard a épousé la demoiselle de Hedwiger il. a dicté ses noms au ministre Fuchs comme il les écrivait lui-même : il n'a pas imaginé qu'il pût y avoir de l'énigme sur une forme d'écrire qui lui était si familière , et qui était si connue. Le ministre a suivi ce qui lui était dicté; ainsi il n'y a rien que de naturel dans cette circonstance.

Veut-on donc savoir aujourd'hui quelle est la personne qui a été mariée le premier juin 1696 : il ny a qu'à examiner quel est celui qui avait coutume d'écrire son nom comme il est écrit dans l'acte de célébration. Il est prouvé que le duc de Montbelliard n'écrivait pas son nom et ses qualités autrement; c'est donc lui qui a été marié, c'est lui dont il a été parlé dans cet acte; il a voulu que son mariage fût manifesté par les mêmes caractères par lesquels il se manifestait lui-même tou^ les jours : pourrait-on après cela refuser de le reconnaître ?

En vain les enfans de la baronne de l'Espérance insistent-ils en disant, que le duc de Montbelliard pouvait écrire son nom comme il voulait , quand il l'écrivait luimême « parce que chacun ayant un caractère particulier, est assez distingué par sa propre écriture, mais qu'il n'en est pas de même quand le nom est écrit par un tiers : car ces distinctions subtiles n'entrent pas dans l'esprit d'un homme qui étant accoutumé à se désigner par certains mots et par la réunion de plusieurs lettres initiales, croit avec raison que personne ne peut se tromper en trouvant dans le corps d'un acte les mêmes

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mots et les mêmes caractères. Convaincu lui-même de la clarté de l'expression , il n'imagine pas que les autre» puissent y trouver de l'obscurité' ; et il faut en eflfet s'aveugler volontairement pour ne pas reconnaître le feu duc de Montbelliard dans l'acte de célébration du premier juin 1695.

Mais si on pouvait pousser le pyrrhonisme jusqu'à douter encore, au moins puisqu'il y a un mariage certain d'un Léopold-Eberard avec une Anné-Sabine, faudrait-il recourir à d'autres preuves pour les reconnaître; il faudrait consulter le ministre qui a célébré le mariage, s'il était vivant ; il faudrait consulter ceux qui demeuraient chez lui , ceux qui étaient présens au mariage 9 ceux qui lui en ont entendu parler ; mais c'est ce que l'on a fait dans l'enquête de 1720. On a trouvé encore à Rejouits bien des particuliers qui étaient exactement informés des circonstances d^e ce mariage, et des noms de ceux qui avaient reçu la bénédiction nuptiale , et ils ont tous aéclaré que c'était le duc de Montnelliard et la demoiselle de Hedwiger, les uns comme témoins ocu*» laires qui avaient vu célébrer le mariage, qui avaient servi les deux époux ; les autres comme l'ayant appris soit du ministre Fuchs , soit d'autres personnes. C'est une tradition vivante qui s'est conservée dans le pays , par l'éclat que ce mariage y fit en l GgS.

Que l'on se déchaîne tant que l'on voudra contre la preuve testimoniale, que l'on déclame contre les témoins en les traitant de gens obscurs et faciles à corrompre, tous ces lieux communs ne détruiront pas une vérité devenue sensible par des faits si décisifs. Si nous avions besoin de rélever la force de la preuve testimoniale , nous réfuterions sans peine ces vaines critiques; nous ferions voir que les maximes sévères introduites en France par des ordonnances assez modernes , ne peuvent recevoir aucune application à des mariages célébrés entre des étrangers , et dans un pays soumis à des lois toutes dif* férentes; nous ferions voir qu'en Allemagne et en Po^ logne, et principalement parmi les luthériens , toute espèce de preuve est admise , et concourt pour établir la vérité d'un mariage; que n'étant regardé parmi eux que

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