PREMIÈRE PARTIE
sa tendresse. Ce n'est pas ce temps favorable que l'on choisit pour laire reconnaître un mariage entre eux, c'est dix-huit ans après que de nouvelles passions ont régne dans le cœur du duc de Montbelliard , que Von veut lui faire faire une telle imposture. Est-il permis de hasarder des fables si grossières?
2^ Qui est-ce donc qui régnait à la cour de Montbelliard en 1 7 1 9 ! N'était-ce pas la baronne de l'Espérance ? Ses charmes joints à sa politique lui avaient tellement soumis le duc de Montbelliard , qu'il lui avait sacrifié sa iemme, ses enfans, l'honneur de sa maison, et qu'il l'avait enfin épousée au mois d'août 1718, plus épris , plus amant que jamais. Quelle conjoncture aurait-onchoisie pour lui faire adopter une fable qui aurait exposé l'état de la baronne de l'Espérance et de sesenfans, qui du moins les aurait réduits à n'occuper que le second rang dans la maison de Montbelliard ? Il aurait fallu être bien téméraire pour former alors un pareil projet. Eh ! comment aurait-on pu se flatter de remporter la. victoire sur «ne femme qui possédait absolument le cœur de son époux , et qui avait su profiter de sa passion pour opérer une si grande révolution à la cour de Monlbelliard ?
3** Mais indépendamment de ces conjonctures si fu-^ nestes au projet que l'on a supposé formé en 17 19, considérons le projet en lui-même, et voyons s'il pourrait entrer dans l'esprit de quelqu'un à qui il restât encore quelque lueur de raison et de bon sens. Voulant supposer un ancien mariage entre le duc de Montbelliard et Anne-Sabine de Hedvviger, il fallait ou faire fabriquer un faux acte de célébration de mariage, ou en adopter un qui eût été étranger au duc de Montbelliard; on ne peut pas dire qu'en 17 19 on ait fait fabriquer un faux acte de célébration, puisque celui qui est rapporté, est entièrement écrit et signé de la main d'un ministre qui était mort quatre ans auparavant : il faut donc néces-* sairement que les enfansde la baronne de l'Espérance se réduisent à dire qu'on en a voulu adopter un qui n'était pas celui du duc de Montbelliard.
Or, on demande à toute personne sensée, si une pareille idée peut jamais se concevoir ? Nous voudrions
28o OEUVRES DE COCHIN.
posent, il est inse're' dans ses registres : y a-t-il un monument plus solennel et plus authentique ? Qu'on ne dise pas que le prince de Montbelliard reproche à ce consistoire de s'être prêté avec trop de complaisance à un divorce qui n'avait aucune cause légitime , et que la même complaisance a pu l'engager à se prêter à une antidate de six années ; la différence est trop sensible pour que ce raisonnement puisse faire quelque impression. On peut sur un point de droit se tromper soimême , ou se laisser séduire ; on se flatte qu'on ne manquera pas de prétextes pour appuyer le parti que l'on prend ; mais on ne peut jamais excuser à ses propres yeux une fausseté qui révolte. La complaisance peut faire adopter un sentiment qui n'est pas juste ; mais elle ne détermine pas à commettre un crime grossier ; on cède à des prétextes spécieux , mais on ne se prête pas à une iniquité évidente ; en un mot, on peut être mauvais jurisconsulte sans être faussaire. La foi d'un acte de divorce signé , non-seulement du duc et de la dUchesse de Montbelliard , mais encore de tout un consistoire , ne peut donc être ébranlée.
D'ailleurs , suffit-il , pour écarter un titre qui nous accable , de débiter qu il est faux et antidaté? Ne faudrait-il pas en rapporter des preuves ? Mais à quoi sont réduits les enfans de la baronne de l'Espérance, pour combattre la vérité et la date d'un acte si important ? Ils se contentent d'alléguer le traité deWilbade, et prétendent que ce traité déclarant les enfans d'Anne-Sabine de Hedwiger incapables de succéder au duc de Montbelliard leur père, c'est convenir qu'il n'y avait point eu de mariage entre eux ; ce que l'on n'aurait pas pu faire, si par le divorce de 17 1 4 le mariage avait été reconnu. Mais ne présenteront-ils jamais ce traité dans toutes ses parties? Affecteront-ils toujours d'en retran-. cher ces termes importans, que le duc de Montbelliard n'cwait point contracté de mariage licite et convc" nable à la dignité de sa maison ; termes qui renferment une reconnaissance si précise du mariage , termes qui s'accordent si parfaitement avec le divorce de 1 714? Ainsi Iç titre même dont on veut tirer des motifs de sus*