‹ Œuvres complètes de Cochin (volume 5)Chapitre 57 sur 226 · TROISIÈME PARTIS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIS

le danger de la maladie dont il est frappe, rincertitude où il est de son événement; il &it des legs pieux, il pourvoit autant quHl est en lui à la tutelle de ses enfans; li veut que madame de Seienelay et M. de Pussort aient la tutelle honoraire , et qu'us aient soin de faire nommer un tuteur onéraire ; il recommande ses enfans à messieurs les ducs de Beauviiliers et de Chevreuse. En un mot , tout ce que la sagesse, tout ce que la prévoyance, tout ce que la tendresse paternelle peut inspirer à un honune mourant, se trouve dans les dispositions de M. de Seignelay.

L'événement en a fait sentir la nécessité ; quatre jours •près le testament, il se fait conduire à Versailles, et il y meurt dix jours après.

Que l'on réumsse tous ces faits, il n'est plits permis de douter que M. de Seignelay ne fût depuis long-temps attaqué d'une maladie mortelle, qu'il sentait les approches de la mort , el que c'est ce qui a déterminé tous les actes qu'il a passes , et la conduite qu'il a tenue. Il renonce au projet qu'il avait formé de monter la flotte en 1 690 , il s'empresse d'obtenir des brevets de retenue, de fermer de grandes terres ;. il se dépouillé à l'âge de trente-neuf ans de la propriété d'une terre de plus de 3o,ooo liv. de rente, en faveur d'un en&nt de six ans: il abandonne le roi dans le voyage de Fontainebleau ; il règle par un premier acte les récompenses qu il veut être distribuées à ses domestiques après sa mort; il dispose du sort de sa famille dans un second ; il n est alarmé que de l'état de ses enfans , il implore le secours de tous ceux à qui ils appartiennent. A ces traits pourrait-on méconnaître un homme mourant qui profite du peu de force qui lui reste pour assurer le sort de ses enfans , de ses officiers , de ses domestiques , et qui pe dispose dans tous ses actes que dans la vue d'une mort prochaine?

La seconde preuve de la maladie de M. de Seignelay, dans le temps de la donation , ce sont les quittances données après sa mort par les médecins et chirurgiens qui l'avaient assisté pendant sa maladie. Ces pièces ne sont point suspectes , ce sont dçs titres communs à tous

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les enfiinft de M. de Seignelay. Quel jour ne r^pandeBt-*dles pas sur la vëritë que le mear ji^Estonteville ose contester?

La première, du 19 novembre 1690 , est la quittance du »ear Pailhoux , dùcteur em médecime , demeurant ordinairement em la villede Samt^Cfunian^ province de Languedoc, c'est la qualité qu'il prend éans la quit«» tance. Il reconnaît avoir reçu 4^000 m. pour ses peines et "tmcatkms Savoir assisté ledit dé/uni seigneur M. de Seignelajr y dans la maladie dont il est décédé pendant le temps qu'il a été dans cette ^ille de Paris et à Versailles^ et pour son retour en la wUe de Chinian. Voilà donc un mëdecii» mande des extrëmiiës du royaume pour secourir M. de Seignelay dana* sa maladie , qui a vu M. de Seignelay dans sa maladie tant à Paris qu'à Versailles ^ et qui reçoit pour celaime i^com* pense de 49OOO Ky. A qui persoadera-t-oa, après cela, que M. de Seignelay n'ait été malade que qu^ques joors^ ou qu'il n'eût auparavam qu'une légère inmsposkion qui ne l'empêchait point de donner entre-yits? FaitHni venir un médecin de Languedoc pour un homme qui n'est point malade? Qui ne sent, au continire, que Vextr^ité où étah réduit M. de Seignelay, avait lâdt prendre un parti si extraordinaire à un ministre qui avak épuisé tous les secours de l'expérience et de la capacité de tant de médecins rassemblés dans le centre du royaume?

Accablé sous le poids d'une preuve si victorieuse, le sieur d^Eslouteville a été réduit à imaginer une feble grossière pour écartée la preuve qui s'élève contre sa prétention ; il suppose que le sieur Pailhoux était un médecin que M. de Seignelay avait fait venir pour l'ac* compagner pendant qu'il monterait Li floue du roi : mais où a-t->il trouvé le plus léger indice sur fequel fât appuyée une pareille imagination? Elle est démentie d'àbord par la quittance du sieur Pailhoux, qui ne parle ni directement , ni indirectement de cet objet , et qui , au contraire, ne fonde la récompense qu'il reçoit , que sur ce qu // a assisté M. de Seignelay pendant la mala^ die dont il est décédé* Est^il donc permis de substituer

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uAe cause imaginaûre à une cause bien ëcrite dans un titre Don suspect ?

Aîoulons a cela le compie .du tutedr des enfans mineurs dç feu M. de Seignelay, arrêté le 30 septembre 1695 , dans leqaék on porte en dépense la somme de 4>ooo IW. payée au sieur Paiihoux, quiest venu ejcprès, dit-on^ pour traiter ledit défunt seigneur. Voilà done la cause oe son voyage , la 'Seule cause bien reconnue par louie la famille, qui a arrêté ce compte dans un temps non suspect.

- D'ailleurs , si M. de Seignelay avait voulu avoir uk| médecin pour l'accompagner sur la flotte , n'en auraitil pas trouvé dans Paris , sans recourir à un médecin tiré d'une des plus petites villes de la province de Languedoc ? wdans ce grand nombre de sujets dont la fe* culte de médecine de Paris est composée , ne s'en seraitil trouyé aucun qui eût voulu s'attacber à la fortune d'un grand ministre? C'est donc une vision que d'imaginer que Ton eût fait venir le sieur Pailboux pour monter la flotte. Si on l'avait mandé pour cela , ne Tau* . rait-on pas renvoyé dès que ce projet aurait changé ? On ne se met point en mer au uiois de septembre; on ne commence point la campagne dans une saison où il faudrait penser à la finir si elle était comimencée» Que feisait donc le sieur Pailhoux à Paris, non-seulement au mois de septembre , mais même au mois d'oe* tobre ? n est plus clair que le jour qu'il n'y était que parce qu'il avait été mandé pour venir au secours d'un honune qui ne comptait plus sur les lumières des plus grands médecins du royaume, qui n'avaient pu le aoulager.

Ajoutons une dernière réflexion sur cette quittance

septembi

M. de Seignelay fût bien malade auparavant; s'il n'a été mandé que depuis ^ en quel temps est-il arrivé ? 11 n'y a que trente-aeux jours d'intervalle entre la donation et la mort , ce temps suffisait à peine pour donner ks ordres à son voyage, pour le faire avertir, pour, qu'il

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fit à Sainl-Chinîan les arrangemens nécessaires dafts une si longue absence , pour lui faire £dre un Toyage de près de âoo lieues; u ne serait donc arrivé quaux derniers momens de la vie de M. de Seignelay ; cepen-* dant il l'a assiste pendant sa maladie tant à Paris qu'à Versailles, suivant sa quittance; il est donc évident qu^l était au moins mandé avant le 3o septembre , et si on avait fait venir ou mandé dès ce temps-là un wé^ decin des extrémités du royaume , peut-on douter que M. de Seignelay ne fiit dès lors attaqué d'une maladitf très-dangereuse ?

La seconde quittance es% celle du sieur Burquet , chirurgien , qui reconnaît avoir reçu i ,100 liv. pour ses peines et vacations d'awir assisté te défunt seigneur M. de Seignelay en la maladie dont il est décrié, depuis le 1 5 Juillet dernier. Il n'y a point ici d'équivoque; voilà une époque ' antérieure de deux mois et demi à la donation. Que répond le sieur d'Estouteville? Que ce chirurgien, pour avoir une plus grosse somme^ a supposé une plus longue maladie. On pourrait se *'

M. de Seignelay avait élé malade ? Ce chiruiçien pouvait-il en imposer sur une vérité si publique? Âuraîton payé pour des mineurs sur le pied d'une maladie <le plus de trois mois , si M. de Seignelay n'y avait été que cinq ou six jours malade ? '

La troisième quittance est celle du sieur de Saint-Yon , médecin 9 du â8 décembre 169a. Il reçoit 1,500 livres pour avoir été auprès de M. de Sdgnelay pendant sa maladie, il n'y était pas seul, comme on le vient de voir; quand on lui aurait donné deux pistoles par jour, cela supposerait une maladie de deux mois et demi, et, par conséquent , fort antérieure à la donation du 3o sep-^ tembre i6go.

Enfin, le certificat du sieur Helvétius père, obtenu par le sieur d'Estouteville lui-même, achève sa condann nation; il est du 18 janvier 1 724* Le sieur Helvétius y déclare qu'il fut i^pelé le i"^ novembre i6()(x pour

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