CHAPITRE IV
Page 8. — Votre comparaison des hommes à des commerçants* est brillante, mais est-elle juste? Il me semble qu'il y a une lutte effroyable entre tous ceux qui courent la même carrière, et que cette émulation outrée va jusqu'à l'injustice et la haine. La mer est la même. Tous tentent des découvertes ; mais l'un marche au hasard, il n'a qu'un mauvais pilote, il manque de boussole, son vaisseau est mauvais voilier.
1. « Je ne vois dans la plupart des hommes que des commerçants avides... » De VHomme.
II n'y en a pas un qui ne sache que le chemin de la fortune, de rhonneur, de la richesse est le même.
Page 8. — // est peu de Colombs; et sur les mers de ce monde, uniquement jaloux dhonneurs, de places, de crédit et de richesses, peu d'hommes s'embarquent pour la découverte de vérités nouvelles.
Je n'en suis pas surpris, surtout si votre système est vrai. Toutes nos pensées, tous nos travaux, toutes nos vues se résolvent en dernière analyse à des voluptés sensuelles. Que fait donc celui qui prend Tor et qui dédaigne la découverte? 11 va droit au but, il est sage. Pourquoi voulez-vous qu'il fasse un long circuit pour arriver à un terme prochain?
L'auteur était tout à l'heure en pleine mer, le voilà au fond des forêts où mille tournoient et tournoieront sans rien découvrir. L'homme de génie a ouvert le sentier, la multitude l'aplanit : c'est la classe des auteurs classiques, classe qui n'est pas assez prisée, esprits nets, esprits justes qui rendentla science commune.
Page 9. — Qu'est-ce que le besoin de la gloire? Cest le besoin du plaisir ; dam tout pays oii la gloire cesse d'en être représentative, le citoyen est indifférent à la gloire.
Oui, le citoyen en général.
On ne sent comme l'auteur que dans la vieillesse. Le spectacle de l'homme illustre qui meurt de faim est sans cesse exposé aux yeux des enfants par des pères sensés. Malheureux, que veux-tu faire? Il est incertain que tu ailles à la gloire, et tu cours droit à la misère... Voilà les propos dont nos foyers retentissent, mais ils ne convertissent guère que les enfants médiocres; les autres laissent dire les parents et vont où la nature les appelle. Tout ce que l'auteur ajoute ne convient qu'à ceux qui ne sont pas vraiment appelés.