‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 114 sur 210 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Jbid. — L'homme le plus impérieux tremble dans la caverne du lion.

C'est-à-dire que l'homme le plus colère, ne l'est pas entre les bras de sa maîtresse. Qu'est-ce que cela prouve ?

C'est-à-dire que l'homme le plus voluptueux, lorsque ses forces sont épuisées, sent peut-être du dégoût pour les femmes. Qu'est-ce que cela prouve?

Page 21. — L arbre qu'on tiendra longtemps courbé perdra son élasticité.

Je le crois, je crois même qu'il n'y a aucune qualité physi-

381 RÉFUTATION DE LOLVR.VGE D'HELVÉTILS

que dans raiiimaK dans le bnDiize même ou le fer, qu*on ne puisse dt'iniire; pas une quaîiié morale dont une longue contrainte ne tienne à bout dans Tbomme.

Toutes les qualiit>s physiques portées à l'excès se perdent. Faîtes plier un fleuret jusqu'à la garde, il ne se redressera plus. Prenez une vei^e de fer, e\po>e2-la au feu jusqu'au aioment de la fusion, et jetez-la ensuite dans de l'eau fraîche; je ne doute point que cette opération réitérée ne lui ôte la propriété de se dilater par le chaud et de se resserrer par le froid. Arc-boutez deux ressorts l'un contre l'autre, et ils Uniront par ne plus se presser.

L'auteur conseillerait-il de mettre cette violence à l'éducation? Les exemples de ceux qu'une longue ser>'itude contraire à leur caractère, a brisés, dont elle a ruiné la santé et abrégé la vie, sont-ils bien rares?

Si au lieu de faire plier ce fleuret jusqu'à la garde, vous vous en escrimez légèrement, loin de détruire son élasticité vous l'augmenterez. Il en est ainsi de l'humeur : la contrainte momentanée l'aigrira.

Les grands reviennent de la cour plus impérieux et plus insolents.

On apprend à danser à l'ours; mais Tours qui danse est un animal bien malheureux. On ne m'apprendra jamais à danser.

Il y a des hommes qui ne prennent jamais l'esprit de leur état. Malherbe bourru dans son cabinet, était bourru dans l'antichambre du roi.

Si l'enfant qui nait, naît indifférent à tout vice, à toute vertu, à tout talent, l'éducation doit être une pour tous.

Répondez, monsieur Helvétius, faut-il élever tous les enfants de la même manière?

— Mais à peu près.

— Et pourquoi à peu près et non pas rigoureusement?

Au berceau, dans l'école, dans chaque état de la société, à la cour, au palais, à l'église, à la guerre, dans son atelier, dans sa boutique, chaque individu a son caractère.

— C'est que l'éducation n'a pas été la même.

— Elle l'aurait été, que la même diversité subsisterait, en dépit des circonstances, de toutes les leçons et de tous les incidents du hasard.

Un des symptômes d'une maladie mortelle est le changement de caractère.

Page 22. — Pourquoi regarder chaque caractère comme V effet d'une organisation particulière^ lorsqu'on ne peut déterminer quelle est cette organisation?

Ouvrez les ouvrages des médecins aux chapitres du tempérament, et vous y trouverez l'organisation propre à chaque caractère.

Quand on voit une chose, pour l'admettre on n'est pas obligé de l'expliquer.

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