CHAPITRE XVIII
Page 121. — Qui se déclare protecteur de V ignorance y se déclare V ennemi de VEtat.
Or, qui se déclare ennemi de l'or, sans restriction, se déclare, ou je me trompe fort, protecteur de l'ignorance.
NOTES
Page 127. — Le monarque doit être avare du bien de ses
sujets.
Cela me rappelle un mot de l'impératrice de Russie régnante.
Falconet était venu à Pétersbourg avec un assez grand nombre de tableaux qu'il avait recueillis en Angleterre. L'impératrice les vit et n'en prit que quelques-uns, et à un prix très-modéré, ajoutant à ce sujet que Falconet père serait mécontent, mais qu'il ne considérerait pas que ce n'était pas elle qui payait.
Ibid, — A quel signe recormait-onle luxe nuisible? A V espèce de marchandise étalée sur les boutiques. Plus ces marchandises sont riches^ moins il y a de proportion dans la fortune des citoyens.
Au lieu de dire plus ces marchandises sont riches, il eût peutêtre été plus juste de dire : Plus ces marchandises sont mauvaises, et plus elles aflichent la richesse ; plus les fortunes sont inégales, plus le luxe de misère est étendu.
Les boutiques où les marchandises sont vraiment riches sont en petit nombre et peu fréquentées. Celles où la richesse apparente des marchandises sert de masque à la misère sont sans nombre.
Page 131. — Qu'on anéantisse la moitié des richesses d'une nation j si Vautre moitié est à peu près également répartie entre tous les citoyens^ VÉtat sera presque également heureux et puissant.
Je doute de l'un et je nie l'autre. Comment resterait-elle aussi puissante, si les nations circonvoisines et rivales ont conservé toute leur richesse? Comment serait-elle aussi heureuse, si ses jouissances sont moindres? Et elles le seront de tout ce que la modicité de la fortune ne permettra pas d'appeler à grands frais des contrées éloignées.
On ne boit guère de vin de Bourgogne et de Champagne dans la Suisse. Diminuez la richesse des Suisses de moitié, et l'on y en boira bien moins.
Il faut à une contrée, dit Helvétius (page 132), ou de l'argent, ou les lois de Sparte, ouïe danger d'une invasion prochaine. Les lois de Sparte seraient la ruine de la nation, s'il était possible de les y introduire. C'est Helvétius qui le dit. Le danger de l'invasion sera donc d'autant plus grand que la somme de la richesse sera moindre. Comment a-t-il donc pu assurer, paragraphe précédent, que si l'on jetait dans la mer la moitié de notre or, nous n'en serions ni moins heureux ni moins puissants?
Ibid. — Le crime le plus liabituel des gouvernements de l'Europe^ c'est leur avidité à s'approprier tout l'argent du peuple.
S2f RÉFUTATION DE L'OUVRAGE D'HELVÉTIUS
On accroît la diligence des abeîilts eD les châtrant d*uDe partie de leur cire et de leur miel. Prenez tout, et les abeilles quittent la ruche: prenez-en trop, les abeilles restent et meurent.
Page 135. — Lrs honneurs sonluntmonnaie qui hausse et baisse selon le plta ou le moins de justice arec laquelle on les distribue.
L'avilissement des honneurs mal décernés produit au moral le même effet que rahération des monnaies au physique.
Ibid. — A quelle cause attribuer F extrême puissance de t Angleterre? A son gouvernement.
Mais à quelle cause attribuer la pau\Teté de TÉcosse et de rirlande, et Textravagance de la guerre actuelle contre les colonies *? A l'avidité des commerçants de la métropole.
On yante cette nation pour son patriotisme. Je défie qu'on me montre dans l'histoire ancienne ou moderne im exemple de personnalité nationale ou d'and-patriotisme plus marqué.
Je vois ce peuple sous l'emblème d'im enfant vigotireux qui naît avec quatre bras, mais dont im de ces bras arrache les trois autres.
Une autre observation qui tache encore à mes yeux le caractère de cette nation, c'est que ses nègres sont les plus malheureux des nègres. L'Anglais, ennemi de la tyrannie chez lui, est le despote le plus féroce quand il en est dehors.
D'où naît cette bizarrerie, si elle est réelle conune on n en saurait douter? Se soulagerait-il au loin de l'empire de la loi qui le tient courbé dans ses foyers? Sa méchanceté serait-elle aussi celle de l'esclave débarrassé de sa chaîne? ou ne serait-ce que la suite du mépris qu'il a conçu pour celui qui a la bassesse de se soumettre à l'autorité arbitraire d'un maître?