‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 154 sur 210 · Horace, Satires^ Hv. I, sat. i · texte numérisé non relu

Horace, Satires^ Hv. I, sat. i

% Ccst uno planche arrondie avec bord unique à augle droit pour retenir le mortier. Deux bras fixés à cette planche passent sur chaque épaule du goujat qui» pour vider sa charge, fait basculer rinstrumcnt. La description de Voistau, dans Littré, Ci>t fausse, et, par suite, Tétymologie augeau.

^ Ce n*est donc point le grand nombre des valets, c'est le trèspetit nombre des bons qui doit étonner.

Ibid. — De toutes les réflexions qui se présentent sur cette page et sur la suivante, je n'en ferai qu'une, c'est qu'il y a beaucoup d'états dans la société qui excèdent de fatigue, qui épuisent promptement les forces et qui abrègent la vie, et quel que soit le salaire que vous attachiez au travail, vous n'empêcherez ni la fréquence ni la justice de la plainte de l'ouvrier.

Avez-vous jamais pensé à combien de malheureux l'exploitation des mines, la préparation de la chaux de céruse, le transport du bois flotté, la cure des fosses causent des infirmités eflroyables et donnent la mort?

Il n'y a que les horreurs de la misère et l'abrutissement qui puissent réduire l'homme à ces travaux. Ah I Jean-Jacques, que vous avez mal plaidé la cause de l'état sauvage contre l'état sodal !

Oui, l'appétit du riche ne diffère point de l'appétit du pauvre, je crois môme l'appétit de celui-ci beaucoup plus vif et plus vrai; mais pour la santé et le bonheur de l'un et de l'autre, peut-être faudrait-il mettre le pauvre au régime du riche et le riche au régime du pauvre. C'est l'oisif qui se gorge de mets succulents, c'est l'homme de peine qui boit de l'eau et mange du pain, et tous les deux périssent avant le terme prescrit par la nature, l'un d'indigestions et l'autre d'inanition. C'est celui qui ne fait rien qui s'abreuve à longs traits du vin généreux qui réparerait les forces de celui qui travaille.

Si le pauvre et le riche étaient également laborieux et frugals, tout ne serait pas compensé entre eux. La différence des aliments et des travaux, des aliments pauvres et succulents, des modérés et continus, mettraient encore une grande différence entre la durée moyenne de leur vie.

Ou passez-vous de métaux , ou permettez aux mines d'être pestilentielles.

Les mines du Hartz recèlent dans leurs immenses profondeurs des milliers d'hommes qui connaissent à peine la lumière du soleil et qui atteignent rarement l'âge de trente ans. C'est là qu'on voit des femmes qui ont eu douze maris.

Si vous fermez ces vastes tombeaux, vous ruinez l'État et vous condamnez tous les sujets de la Saxe ou à mourir de faim ou à s'expatrier.

INTITULÉ L'HOMME. Wl

Combien d'ateliers dans la France même, moins nombreux, mais presque aussi funestes I

Lorsque je repasse en revue la multitude et la variété des causes de la dépopulation, je suis toujours étonné que le nombre des naissances excède d'un dix-neuvième celui des morts.

Si Rousseau, au lieu de nous prêcher le retour dans la forêt, s'était occupé à imaginer une espèce de société moitié policée et moitié sauvage, on aurait eu, je crois, bien de la peine à lui répondre.

L'homme s'est rassemblé pour lutter avec le plus d'avantage contre son ennemie constante, la nature ; mais il ne s'est pas contenté de la vaincre , il en a voulu triompher. Il a trouvé la cabane plus commode que Tantre et il s'est logé dans une cabane ; fort bien , mais quelle énorme distance de la cabane au palais ! Est-il mieux dans le palais que dans la cabane? j'en doute. Combien il s'est donné de peines pour n'ajouter à son sort que des superQuités et compliquer à l'infini l'ouvrage de son bonheur !

Helvétius a dit, avec raison, que le bonheur d'un opulent était une machine où il y avait toujours à refaire. Cela me semble bien plus vrai de nos sociétés. Je ne pense pas, comme Rousseau, qu'il fallût les détruire quand on le pourrait, mais je suis convaincu que l'industrie de l'homme est allée beaucoup trop loin, et que si elle se fût arrêtée beaucoup plus tôt et qu'il fût possible de simplifier son ouvrage, nous n'en serions pas plus mal. Le chevalier de Chastellux * a très-bien distingué un règne brillant d'un règne heureux; il serait tout aussi facile d'assigner la différence d'une société brillante et d'une société heureuse. Helvétius a placé le bonheur de l'homme social dans la médiocrité ; et je crois qu'il y a pareillement un terme dans la civilisation, un terme plus conforme à la félicité de l'homme en général et bien moins éloigné de la condition sauvage qu'on ne l'imagine ; mais comment y revenir quand on s'en est écarté, comment y rester quand on y serait? Je l'ignore. Hélas! l'état social s'est peut-être acheminé à cette perfection funeste dont nous jouissons, presque aussi nécessairement que les cheveux blancs nous couronnent dans la vieillesse. Les législateurs

1. Dans son livre : De la félicité publique (Amsterdam, 1772, 2 y. in-8), que Voltaire mettait au-dessus de VEsprit des lois.

anciens n'ont connu que l'état sauvage. Un législateur moderne plus éclairé qu'eux, qui fonderait une colonie dans quelque recoin ignoré de la terre, trouverait peut-être entre l'état sauvage et notre merveilleux état policé un milieu qui retarderait les progrès de l'enfant de Promélhée, qui le garantirait du vautour, et qui fixerait l'homme civilisé entre l'enfance du sauvage et notre décrépitude.

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