CHAPITRE IV
Page 195. — Vidée de vertu et Vidée de bonheur se désuniront à la longue^ mais ce sera l'œuvre du temps et même iun long temps.
Il me semble qu'Helvétius dit ailleurs que cette dissociation d'idées sera l'ouvrage d'un instant, que le tyran n'a qu'à pai-ler, et qu'elle sera faite*.
Ibid. — Mais de meilleures lois établies^ simagine-t-^n que sans être également riches ou puissants^ les hommes se croiront également heureux?
L'expérience des peines de notre état et l'ignorance des peines de l'état d'autrui ne commencent-elles pas à séparer l'idée de bonheur de notre médiocrité de fortune, et à l'attacher à l'idée de la puissance et de la richesse dont nous sommes privés? Si cela est, vos bonnes lois auront servi à peu de chose.
Non certes, l'idée de bonheur ne s'associe pas à l'idée de l'or et des dignités au fond des forêts où il n'y a ni dignités ni or. Mais en est-il ainsi au centre d'une société où l'enfant et l'honmie du peuple voient sans cesse autour d'eux, à leur porte, à côté d'eux ces fantômes du bonheur?
Tous nos éloges de l'état humble, de l'état aisé ont-ils persuadé à un seul citoyen que c'était celui du bonheur, et éteint dans son cœur la cupidité de l'or, l'ambition des honneurs?