CHAPITRE III
Page 380. — L émulation est un des principaux avantages de V éducation publique sur t éducation domestique.
J'ai passé les premières années de ma vie dans les écoles publiques, et j'ai vu quatre ou cinq élèves supérieurs à tous les autres se succéder pendant le cours entier de l'année dans les places d'honneur, et décourager le reste de la classe.
J'ai vu tous les soins du professeur se concentrer dans ce petit nombre de sujets d'élite, et tous les autres enfants n^Iigés.
J'ai vu ces cinq ou six sujets merveilleux occupés, pendant six ou sept ans, de l'étude des langues anciennes qu'ils n'ont point apprises.
Je les ai vus tous sortir du collée sots, ignorants et corrompus.
Je les ai vus passer successivement sous six professeurs, dont chacun avait sa manière d'enseigner.
J'ai vu l'instruction générale des élèves négligée, pour en préparer deux ou trois à des actes publics.
J'ai vu cette règle, inflexible pour les enfants des pauvres, se prêter à toutes les petites fantaisies des enfants des riches.
1. A*t-on le droit de penser ici à celui que M"** Du Bany appelait La Framoê? et à qui elle disait : Eh! Lu France, ton café f... U camp!
J*ai vu les enfants de ces derniers aller chercher deux fois la semaine, dans la maison paternelle, le dégoût des études et le répandre parmi leurs camarades.
Et Je me suis écrié : Malheur au père qui peut faire élever son enfant à côté de lui et qui l'envoie dans une école publique.
Que reste-t-il dans le monde de cette institution de collège? Rien. Les connaissances qui distinguent dans les lettres quelques hommes élevés dans les collèges, où les ont-ils puisées ? à qui les doivent-ils? À leurs études particulières. Combien de fois n'ont-ils pas regretté, dans leur cabinet, le temps qu'ils avaient perdu sur les bancs d'une école I
Que faire donc? Changer, du commencement jusqu'à la fin, la méthode de l'enseignement public.
Ensuite? Ensuite, quand on est riche, élever son enfant chez soi.
L'éducation des Grecs et des Romains se faisait dans la maison, et cette éducation en valait bien une autre.
Il serait bien singulier que tous les soins d'un instituteur, rassemblés sur un seul enfant, lui profitassent moins que les mêmes soins partagés entre cet enfant et une centaine d'autres.
Je n'approuve le couvent pour les filles que quand les mères sont malhonnêtes.
Je n'approuve le collège pour les garçons que quand les pères donnent mille écus à un bon cocher, deux mille écus à un bon cuisinier, et veulent un homme de mérite pour cinq cents francs.