‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 189 sur 210 · Ajouter, d*aprè8 la Correspondance secrète : rare · texte numérisé non relu

Ajouter, d*aprè8 la Correspondance secrète : rare

% Diderot, incapable de B*a8sujettir à ne voir dans un livre que ce qui B*y trouve, raisonne ici sur des faits qui n*ont de réalité que dans son imagination. Il brouille et confond tout C^est entre Drusus, son propre fils, et Germanicus, son fils adoptif, que Tibère, pour se mettre lui«même plus en sûreté, partagea le commandement des légions : Seqw tutiorem rebatur, utroque /ilio tegiones obiinente. Mtàs ce n*est pas en faveur de ces deux princes que les pontifes firent des prières qui leur attirèrent de la part de Tempereur une légère réprimande {modUe perstricti). Cest Néron et Drusus, tous les deux fils d'Agrippine et de Germanicus, que les prêtres recommandèrent aux dieux; et ces deux princes n'ont jamais commandé les légions. Ainsi cet exemple de la jalousie de la souveraineté est mal choisi, puisqu'il s*agit, dans les deux faits que Diderot a liés mal à propos, de personnages très-différents. Voyez la note suivante. (N.)

3. Ce fait, tel que Diderot le présente ici, et séparé des circonstances qui l'accompagnent dans Tacite, est assez insignifiant : mais il n*en est pas de même, .lorsqu'on le lit dans l'original. Ces mêmes circonstances que Diderot a négligées ou omises, sans doute parce qu'il a cité de mémoire, deviennent alors autant de nuances différentes du caractère de Tibère, autant de traits qui le font mieux connaître. On en va juger. Les pontifes, et à leur exemple les autres prêtres, en faisant des vœux pour la conservation de l'empereur, recommandèrent aussi aux

klk PRINCIPES DE POLITIQUE

autant aujourd'hui. Il faut prier pour le succès des armes de Louis XIV, mais non pour le succès des armes de Turenne.

Il me tombe sous les yeux un passage de Salluste, où il me semble que je lis le plan de l'éducation de la maison des cadei.< russes*. L'historien fait ainsi parler Marins* : Je n'ai point appris les lettres; je me souciais peu d'une étude qui ne donnait aucune énergie à ceux qui s'y livraient; j'ai appris des choses d'une tout autre importance pour la République. Frapper l'ennemi, susciter des secours, ne rien craindre que la mauvaise réputation, souffrir également le froid et le chaud, reposer sur la terre, supporter en même temps la disette et le travail ; c'est en faisant ces choses que nos ancêtres ont illustré la République. Là on ne destine à l'état civil, à la magistrature, aux sciences, que ceux qui y sont entraînés par leur penchant naturel; les autres sont élevés comme Marins. On travaille actuellement à introduire dans cette maison un plan d'éducation morale, qui balance la vigueur de l'éducation physique. Plus l'homme est fort, plus il importe qu'il soit juste.

dieux Néron et Drusus. Tibère, qui avait toujours traité durement la famille de Germanicus (haui unquam domui Germanici mitis), fut très-offensé de ce qu*on égalait ainsi des enfants à un homme de son âge, et il avertit le sénat de ne point enorgueillir, désormais, par des honneurs prématurés, des tètes jeunes et légères. Tum vero œquari adolescentes senectœ suœ, impatiêtUer indoluit... cœterum in senatu oratione monuU in posterum, ne quis mobiles adolescentium animos prt»" maturis honoribusud superbiam extolleret. Annal, lib. IV, cap. xvii. On voit, par cet exposé, que Diderot n'est point entré dans la pensée de Tacite; et que le principe général qu'il veut établir ici, quoique vrai en lui-même et fondé sur Texpérience, ne peut pas se déduire de la conduite de Tibère dans cette circonstance. (N.) — Il nous semble que Naigeon considère trop ici, comme partout^ le travail de Diderot comme un commentaire de Tacite. En réalité, Tacite n*est pour le philosophe qu'une cause occasionnelle des réflexions qui lui viennent à l'esprit et il suffit que ces réflexions soient justes en elles-mêmes.

1. Voir les Plans et statuts de différents établissements fondés par Vimpératrie* Catherine II pour Véducaiion de la jeunesse du royaume, par le maréchal Betxki. Ci-dessus, note, page 451. •

2. Neque literas grœcas didici : parum placebat eas discere; quippe qwB ad virtutem doctoribus nihil profuerunt. At illa muUo optumareipublicœ doctus sum: hostem ferire, prœsidia agitare; nihil metuere, nisi turpem famam; hiemem et œstatem juxta pati ; humi requiescere; eodem tempère inopiam et laborem to/erare,,. hœc atque talia majores vestri faciundo seque remque publicam cetebravere. Salldst. Juguriha, cap. lxxxv, édit Édimburg, 1755. (N.)

Peinture de la conduite du consul Rutilius à Capoue, que les soldats mutinés avaient projeté secrètement de piller. Il dit aux uns qu'ils ont assez servi, qu'ils méritent d'être stipendiés; aux autres, que brisés par l'âge et la fatigue, ils sont hors d'état de servir; il disperse par petites troupes, ou seul à seul, ceux qu'il redoute; différentes fonctions militaires lui servent de prétexte; il en occupe à des convois, à des voyages, à des commissions ; il donne des congés ; il en dépèche à Rome, où son collègue ne manque pas de raisons pour les retenir ; il est secondé par le préteur, et la conspiration s'évanouit; ce qui prouve combien la discipline était faible, et combien la licence du soldat était redoutable.

Éparpiller les soldats partout où ils sont indisciplinés, comme on éparpillait les armées sous la République romaine; Longis spatiis discreti eœercituSy quod saluberrimum est ad continendam militarem fidem\

Il est facile de détourner les hommes nouveaux de leurs projets, si l'on sait oublier à temps sa majesté, et profiter des circonstances.

Ébranler la nation pour raffermir le trône ; savoir susciter une guerre ; ce fut le conseil d' Alcibiade à Périclès.

« C'est l'affaire des dieux, ce n'est pas la nôtre. C'est au ciel à venger* ses injures, et à veiller que les autels et les sacrifices

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