‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 188 sur 210 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Quand on a été conduit au trône par une Agrippine, la reconnaissance de Néron. Il n'y a pas à balancer. Reste à savoir si un trône est d'un assez gi-and prix pour devoir être conservé par un parricide. On n'en couronne guère un autre qu'à la condition de régner soi-même ; et voilà la raison de tant de disgrâces qui suivent les révolutions. On appelle le souverain ingrat, tandis qu'il fallait appeler le favori disgracié, homme despote.

Quand on ne veut pas être faible, il faut souvent être ingrat; et le premier acte de l'autorité souveraine est de cesser d'être précaire.

Faire sourdement ce qu'on pourrait faire impunément avec éclat, c'est préférer le petit rôle du renard à celui du lion.

Rugir quelquefois, cela'est essentiel; sans cette précaution, le souverain est souvent exposé à une familiarité injurieuse.

Accroître la servitude sous le nom de privilège ou de dispenses ; c'est, dans l'un et l'autre cas, dire de la manière la moins offensante pour le favorisé et la plus injuste pour toute la nation, qu'on est le maître. Toute dispense est une infraction de la loi ; et tout privilège est une atteinte à la liberté générale.

i72 PRINCIPES DE POLITIQUE

Attacher le salut de TÉtat à une personne; préjugé populaire, qui renferme tous les autres. Attaquer ce préjugé, crime de lèse-majesté au premier chef.

Tout ce qui n'honore que dans la monarchie, n'est qu'une patente d'esclavage.

Souffrir le partage de l'autorité, c'est l'avoir perdue : Aut nihily aut Cœsar. Aussi le peuple ne choisit ses tribuns que parmi les patriciens.

Se presser d'ordonner ce qu'on ferait sans notre consentement; on masque au moins sa faiblesse par cette politique. Ainsi, proroger le décemvirat avant qu'Appius Claudius le demande.

Un État chancelle quand on en ménage les mécontents. Il touche à sa ruine quand la crainte les élève aux premières dignités.

Méfiez -vous d'un souverain qui sait par cœur Aristote, Tacite, Machiavel et Montesquieu.

Rappeler de temps en temps leurs devoirs aux grands, non pour qu'ils s'amendent, mais pour qu'on sache qu'ils ont un maître. Ils s'amenderaient peut-être, s'ils étaient sûrs d'être châtiés toutes les fois qu'ils manquent à leurs devoirs.

Celui qui n'est pas maître du soldat, n'est maître de rien.

Celui qui est maître du soldat, est maître de la finance.

Sous quelque gouvernement que ce fût, le seul moyen d'être libre ce serait d'être tous soldats; il faudrait que dans chaque condition le citoyen eût deux habits, l'habit de son état et Yhéihit militaire. Aucun souverain n'établira cette éducation.

Il n'y a de bonnes remontrances que celles qui se feraient la baïonnette au bout du fusil.

JExemple* de la jalousie de la souveraineté*. Tibère donna le commandement des légions à ses deux fils, et il se fâcha que le prêtre eût fait des' prières pour eux. On en ferait peut-être

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