Voir Réfutation de l'Homme, ci-dessus, page
Les factieux attendent les temps de calamité, de disette, de guerres malheureuses, de disputes de religion ; ils trouvent alors le peuple tout prêt.
Longtemps avant la déposition et la mort du dernier empereur de Russie, la nation était imbue qu'il se proposait d'abolir la religion schismatique grecque, et de lui substituer la religion luthérienne.
Un souverain faible pense ce qu'un souverain fort exécute. Par exemple, tout ce qui suit :
11 faut que le peuple vive, mais il faut que sa vie soit pauvre et frugale : plus il est occupé, moins il est factieux ; et il est d'autant plus occupé, qu'il a plus de peine à pourvoir à ses besoins.
Pour l'appauvrir, il faut créer des gens qui le dépouillent, et dépouiller ceux-ci ; c'est un moyen d'avoir l'honneur de venger le peuple, et le profit de la spoliation.
Il faut lui permettre la satire et la plainte : la haine renfermée est plus dangereuse que la haine ouverte.
11 faut être loué, cela est facile. On corrompt les gens de lettres à si peu de frais ; beaucoup d'affabilité et de caresses, et un peu d'argent.
LXXXVIIL
II faut établir la proportion et la dépendance dans tous les états; c'est-à-dire, une servitude et une misère égales. II faut surtout exercer la justice; rien n'attache et ne corrompt le peuple plus sûrement.
Il faut que la justice soit prompte; car moins on leur laisse, moins ils ont de temps à perdre.
Ne pas permettre aux riches de voyager; encore moins aux étrangers qui se sont enrichis, de sortir saris les dépouiller.
XGI.
Tout sacrifier à l'état militaire; il faut du pain aux sujets, iP me faut des troupes et de l'argent.
XGII.
Tous les ordres de l'État se réduisent à deux, des soldats et leurs pourvoyeurs.
XGIIL
Ne former des alliances que pour semer des haines.
Allumer et faire durer la guerre entre mes voisins.
Toujours promettre des secours, et n'en point envoyer*.
1. Voilà un de ces articles dont j'ai parlé dans ravertissement qui précède cet ouvrage. (N.)
2. C'est précisément ce que Catherine II, déjà oubliée, n*a cessé de faire dans la guerre aussi atroce qu'injuste que l'empereur et ses alliés ont suscitée et soutenue contre la République française. Elle promettait, tous les jours, à ce prince crédule et sans expérience, de lui envoyer douze vaisseaux de ligne et vingt-quatre mille hommes : et il les attend encore. (N.) — (Écrit en 1798, après le traité de Campo-Formio.)
XGVI.
Profiter des troubles, pour exécuter ses desseins ; stipendier Tennemi de son allié.
XGVII.
Point de ministres au loin, mais des espions.
XGVIII.
Point de ministres chez soi, mais des commis.
XGIX.
Il n'y a qu'une personne dans l'Empire, c'est moi*.
Dévaster dans la guerre ; emporter tout ce qu'on peut ; briser tout ce qu'on ne peut emporter.
Être le premier soldat de son armée.
Je me soucie fort peu qu'il y ait des lumières, des poètes, des orateurs, des peintres, des philosophes; et je ne veux que de bons généraux; la science de la guerre est le seule utile.
cm.
Je me soucie encore moins des mœurs, mais bien de la discipline militaire.
1. Voyez la note 1 delà page précédente. (N.) — Ce n'est point à la maxime XCI que commence le changement de ton de Diderot. Les principes de politique qu'il attribue à Frédéric II partent de la maxime LXXXUI.
GIV.
Le seul bon gouvernement ancien, est, à mon avis, celui de Lacédémone; ils auraient fmi par subjuguer la Grèce entière.
GV.
Mes sujets ne seront que des ilotes sous un nom plus honnête.
Mes idées, suivies par cinq ou six successeurs, conduiraient infailliblement à la monarchie universelle.
GVIL
Tenir constamment pour ennemi celui qu'on ne peut compter pour ami, et ne compter pour ami que celui qui a intérêt à l'être.
GVIIL
Être neutre, ou profiter de l'embarras des autres pour arranger ses affaires, c'est la même chose.
GIX.
Demander la neutralité entre soi et les autres; mais ne la point souffrir entre les autres et soi.
ex.
Marier ses soldats, ou les occuper pendant la paix à en faire d'autres.
Faire soldats qui Ton veut.
GXIK Point de justice du soldat à son pourvoyeur, le peuple.
DES SOUVERAINS. (i8i
Point de discipline du soldat à l'ennemi : la proie.
Secourir, ou subsister aux dépens d'autrui, c'est comme je l'entends.
GXV.
Empêcher l'émigration du citoyen par le soldat, et empêcher la désertion du soldat par le citoyen.
GXVI.
Punir le malheur dans la guerre, c'est prêcher énergiquement la maxime, vaincre ou mourir.
GXVII.
L'impunité pendant la paix, la certitude de la proie après la victoire; voilà le véritable honneur du soldat, c'est le seul que je lui veuille. Je n'en veux d'aucune sorte aux autres ordres de l'État.
GXVIII.
L'habitant indigent doit spolier le voyageur.
GXIX.
Mal tenir les postes dans un pays où l'on ne voyage que par nécessité.
<;xx.
Le besoin satisfait, le reste appartient au fisc.
GXXL
La discipline militaire, la plus parfaite de toutes, est bonne partout et possible partout.