‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 194 sur 210 · CLV · texte numérisé non relu

CLV

César par la loi Cassia^ Auguste par la loi Senia *, relevèrent le sénat épuisé de familles patriciennes ; Claude introduisit dans ce corps tous les vieux citoyens, tous ceux dont les pères s'étaient illustrés. Il restait peu de ces familles que Romulus avait appelées majorum gentium} et Lucius Brutus, minorum.

On releva la barrière contre le peuple ; car les patriciens de la loi Cassia et de la loi Senia avaient passé. Et ce sont des tyrans qui relèvent cette barrière I

Rien ne montre tant la grandeur de Rome que la force de ce mot, même chez les barbares dans les contrées les plus éloignées : Je suis citoyen romain. On y connaissait la loi Porcia ; on s'y soumettait. On n'osait attenter à la vie d'un Romain.

La loi qui défendait de mettre à mort un citoyen fut renouvelée plusieurs fois. Cicéron fut exilé pour l'avoir enfreinte contre les ennemis de la patrie; et sous Galba*, un citoyen la réclamant, toute la distinction qu'on lui accorda, ce fut une croix plus élevée et peinte en blanc.

La création d'un dictateur suspendait toutes les fonctions de la magistrature, excepté celles du tribun. Il fallait, pour se mettre dans une position aussi critique, que le cas fût bien

1. Voyez Tacit. Annal, lib. lî, cap. xxv. Diderot ne fait ici que le traduire et rabrégcr. (N.)

2 . « Tatorem, quod pupillum, cui substitutus hieres erat, veneno necasset, cruce adfecit : implorantique leges, et civem romanum se testificanti, quasi solatio et honore aliquo pœnam levaturus, mutari, multoque prêter esteras altiorem et dealbatam statui crucem jussit. » Sueton. in Gcdb. cap. ix. (N.)

important : toute l'autorité se partageait alore entre deux puissances opposées.

Véturius fut mis à mort pour avoir disputé le pas au tribun.

L'empereur créé disait : « Je vous rends grâce du nom de César, du grand pontificat, et de la puissance tribunitienne. »

Il fut statué que les huit mille captifs faits à la bataille de Cannes ne seraient point rachetés. Si vous voulez connaître un beau modèle d'éloquence, vous le trouverez dans une des odes d'Horace*, où ce poète fait parler Régulus contre l'échange des prisonniers carthaginois et des prisonniers romains.

Je ne connais pas un trait de lâcheté mieux caractérisé que la réponse du soldat à Auguste, qui lui demandait pourquoi il détournait ses regards de sa personne : Cest que je ne puis soutenir réclair de tes yeux. Le soldat qui n'est pas en état de soutenir l'éclair des yeux de son général, ne soutiendra pas aisément l'éclat des armes de l'ennemi.

Galba disait à Pison * : Pense à ce que tu exigerais de ton souverain^ si tu étais sujet. Ce conseil était très-sage ; mais il est bien rare qu'il soit suivi.

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