‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 201 sur 210 · II. 3S · texte numérisé non relu

II. 3S

ger rintérêt que je prends à la chose, et la peine que cette affaire me cause, et de ne pas confondre des imputations avec des faits. » C'est ainsi qu'on parlerait de nos jours à une commission ; espèce de justice et d'humanité perfide ; moyen sûr de faire périr un innocent comme coupable, au lieu (jue les assassinats faisaient périr les coupables comme innocents ; tanquant innocentes perierani. Plus le souverain affecte de pitié, plus la perte est certaine.

Le même discours a des sens bien différents dans la bouche de Tibère et dans celle de Titus. Quand Titus dira qu'il ne faut pas* user d'autorité, lorsqu'on peut recourir aux lois; il parlera comme un homme de bien : Tibère, au contraire, parlera comme un hypocrite* qui se joue des lois dont il dispose; il ne veut pas que son ennemi lui échappe : mais il veut se soustraire à l'odieux de sa condamnation en la rendant légale. Il envoie le centurion au forfait notoire, et l'innocence au sénat. C'est un modèle à étudier toute la vie.

CGV.

Tiridate disait' : <( Le plus équitable dans la haute fortune est toujours le plus utile. Conserver son bien, s'emparer du bien d'autrui; l'un est l'éloge d'un père de famille; l'autre, l'éloge d'un roi. » Il se trouve de temps en temps des scélérats indiscrets, comme ce Tiridate, qui révèlent, très-mal à propos, la doctrine des rois.

Les Romains se jettent sur la Chypre. Ptolomée, leur allié, est proscrit. Alors le fisc était épuisé. La proscription de Ptolomée n'eut pas d'autre motif que la richesse de ce prince, et la pauvreté du fisc romain. Ptolomée s'empoisonne, la Chypre

1. Nec utendum imperio, ubi legibus agi possU, Taqt. Annal, lib. m, cap. Lxix. (N.)

Page 1