‹ Œuvres complètes de DiderotChapitre 204 sur 210 · Rétabli diaprés la Correspondance secrète · texte numérisé non relu

Rétabli diaprés la Correspondance secrète

vos actions n'est pas également innocent. » Alors le vieillard, qui le tenait par l'oreille, lui rappelait toutes les erreurs de sa -vie; et, à chaque article, le jeune Mexicain s'inclinait, se frappait la poitrine, et demandait pardon... Là, madame la maréchale, mettez-vous pour un moment à la place du vieillard, et ditesmoi ce que vous auriez fait? Auriea-vous pris ce jeune insensé par les cheveux; et vous seriez-vous complu à le traîner à toute éternité sur le rivage?

LA MARECHALE.

En vérité, non.

CRUDELI

Si un de ces six jolis enfants que vous avez, après s'être échappé de la maison paternelle et avoir fait force sottises, y revenait bien repentant?

Moi, je courrais à sa rencontre; je le serrerais entre mes bras, et je l'arroserais de mes larmes ; mais M. le maréchal son père ne prendrait pas la chose si doucement.

GRUOELI.

M, le maréchal n'est pas un tigre.

Il s'en faut bien.

CRUDELI

11 se ferait peut-être un peu tirailler ; mais il pardonnerait.

Certainement.

Surtout s'il venait à considérer qu'avant de donner la naissance à cet enfant, il en savait toute la vie, et que le châtiment de ses fautes serait sans aucune utilité ni pour lui-même, ni pour le coupable, ni pour ses frères.

Le vieillard et M. le maréchal sont deux.

CRUDELI

Vous voulez dire que M. le maréchal est meilleur que le vieillard ?

Dieu m'en garde! Je veux dire que, si ma justice n'est pas celle de M. le maréchal, la justice de M. le. maréchal pourrait bien n'être pas celle du vieillard.

GRUDELI.

Ah! madame! vous ne sentez pas les suites de cette réponse. Ou la définition générale convient également à vous, à M. le maréchal, à moi, au jeune Mexicain et au vieillard ; ou je ne sais plus ce que c'est, et j'ignore comment on plalt ou l'on déplaît à ce dernier.

Nous en étions là lorsqu'on nous avertit que M. le maréchal nous attendait. Je donnai la main à M""^ la maréchale, qui me disait : C'est à faire tourner la tête, n'est-ce pas *?

CRUDELI

Pourquoi donc, quand on l'a bonne?

Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait.

CRUDELI

Même quand on n'y croit pas.

Et quand on y croirait, de ne pas compter sur sa bonté.

CRUDELI

Si ce n'est pas le plus poli, c'est du moins le plus sûr.

A propos, si vous aviez à rendre x^ompte de vos principes à nos magistrats, les avoueriez-vous?

CRUDELI

Je ferais de mon mieux pour leur épargner une action atroce.

i. Voici comment ces dernières lignes sont données par la Corrttfionàaniot secrète :

« Cest la bouteille à Pencre, n'est-ce pas?

— n est vrai.

-^ Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait... même quand on n*y croit pas.

— Et quand on y croit, de ne pas trop compter sur sa miséricorde. Saint Nicolas, nage toujours et ne Vy fle pas.

— C'est le plus sûr... A propos, etc. »

Ahl le lâche! Et si vous étiez sur le point de mourir*, vous soumettriez-vous aux cérémonies de TÉglise?

CRUDELI

Je n'y manquerais pas. He K>x>

Fi! le vilain hypocrite,

i. VARiAim : Si vous touchiez à votre dernière heure. {Corr. sâcrète.)

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