Saint Jérôme. (Br
Qu^OQ vous fasse régner, tout vous paraîtra juste ; Mais vous mépriseriez ramant le plus auguste, S*il ne sacrifiait au pouvoir de vos yeux Son honneur, son devoir, la justice et les dieux ^
Elles simuleront l'ivresse de la passion, si elles ont un grand intérêt à vous tromper ; elles l'éprouveront, sans s'oublier. Le moment où elles seront tout à leur projet sera quelquefois celui même de leur abandon. Elles s'en imposent mieux que nous sur ce qui leur platt. L'orgueil est plus leur vice que le nôtre. Une jeune femme Samoïède dansait nue, avec un poignard à la main. Elle paraissait s'en frapper; mais elle esquivait aux coups qu'elle se portait avec une prestesse si singulière, qu'elle avait persuadé à ses compatriotes que c'était un dieu qui la rendait invulnérable ; et voilà sa personne sacrée. Quelques voyageurs européens assistèrent à cette danse religieuse; et, quoique bien convaincus que cette fenmie n'était qu'une saltimbanque très-adroite, elle trompa leurs yeux par la célérité de ses mouvements. Le lendemain, ils la supplièrent de danser encore une fois. Noriy leur dit-elle,/^ ne danserai point ; le dieu ne le veut pas] et je me blesserais. On insista. Les habitants de la contrée joignirent leur vœu à celui des Européens. Elle dansa. Elle fut démasquée. Elle s'en aperçut ; et à l'instant la voila étendue à terre, le poignard dont elle était armée plongé dans ses intestins. Je r avais bien prévUy disaitr^lle à ceux qui la secouraient, que le dieu ne le voulait paSy et que je me blesserais. Ce qui me surprend, ce n'est pas qu'elle ait préféré la mort à la honte, c'est qu'elle se soit laissé guérir. Et de nos jours, n'avons-nous pas vu une de ces femmes qui figuraient en bourrelet l'enfance de l'Église, les pieds et les mains cloués sur une croix*, le côté percé d'une lance, garder le ton de son rôle au milieu des convulsions de la douleur, sous la sueur froide qui découlait de ses membres, les yeux obscurcis du voile de la mort, et s' adressant au directeur de ce troupeau de fanatiques, lui dire, non d'une voix souffrante : Mon père^ je veux dormir^ mais d'une
1. CRiBiLLON, vers supprimés dans la scène première du deuxième acte de CiUHina, (Br.)
2. Voir dans la Correspondance de Grimm, année 1761, la lettre de La Gonda* mine sur le crucifiement des dévotes jansénistes conyulsionnaires.
voix enfantine : Papa^ je veux faire dodo? Pour un seul homme, il y a cent femmes capables de cette force et de cette présence d'esprit. C'est cette même femme, ou une de ses compagnes, qui disait au jeune Dudoyer, qu'elle regardait tendrement, tandis qu'avec une tenaille il arrachait les clous qui lui traversaient les deux pieds : Le dieu de qui nous tenons le don des prodiges ne nous a pas toujours accordé celui de la sain-teté^. M"* de Staal est mise à la Bastille avec la duchesse du Maine, sa maîtresse • ; la première s'aperçoit que M™* du Maine a tout avoué. A l'instant elle pleure, elle se roule à terre, elle s'écrie : Ah! ma pauvre maîtresse est devenue folle l N'attendez rien de pareil d'un homme. La femme porte au dedans d'ellemême un organe susceptible de spasmes terribles, disposant d'elle, et suscitant dans son imagination des fantômes de toute espèce. C'est dans le délire hystérique qu'elle revient sur le passé, qu'elle s'élance dans l'avenir, que tous les temps lui sont présents. C'est de l'organe propre à son sexe que partent toutes ses idées extraordinaires. La femme, hystérique dans la jeunesse, se fait dévote dans l'âge avancé; la femme à qui il reste quelque énergie dans l'âge avancé, était hystérique dans sa jeunesse. Sa tète parle encore le langage de ses sens lorsqu'ils sont muets. Rien de plus contigu que l'extase, la vision, la prophétie, la révélation, la poésie fougueuse et l'hystérisme. Lorsque la Prussienne Karsch* lève son œil vers le ciel enflammé d'éclairs,' elle voit Dieu dans le nuage ; elle le voit qui secoue d'un pan de sa robe noire des foudres qui vont chercher la tête de l'impie ; elle voit la tête de l'impie. Cependant la recluse dans sa cellule se sent élever dans les airs ; son âme se répand dans le sein de la Divinité ; son essence se mêle à l'essence divine; elle se pâme; elle se meurt; sa poitrine s'élève et s'abaisse avec rapidité ; ses compagnes, attroupées autour d'elle,
i. Da Doyer de Gastel, à la suite de La Condamine, reod compte, dans la même CoTTBtpondance de Grimm, du Miracle du jour de la Saint- Jean, 1759; c'est la sœur Françoise qui est rhérolne de cette scène d*exaltation où les $ecours, comme on appelait ces tortures, sont des coups de hache, des coups d*épée, et finalement Tinoendie du lit et de la robe de la patiente. Françoise était une fille de cinquante-huit ans, ce n'est pas elle qui fit au jeune Du Doyer l'étrange aveu rapporté par Diderot.
2. A l'occasion de la conjuration du prince de Cellamare. (Br.)
3. Il y a eu une improvisatrice prussienne de ce nom, mais plus connue sous celui de Karschin.
coupent les lacets de son vêtement qui la serre. La nuit vient ; elle entend les chœurs célestes ; sa voix s'unit à leurs concerts. Ensuite elle redescend sur la terre; elle parle de joies ineffables ; on l'écoute ; elle est convaincue ; elle persuade. La femme dominée par Thystérisme éprouve* je ne sais quoi d'infernal ou de céleste. Quelquefois, elle m'a fait frissonner. C'est dans la fureur de la bête féroce* qui fait partie d'elle-même, que je l'ai vue, que je l'ai entendue. Comme elle sentait! comme elle s'exprimait! Ce qu'elle disait n'était point d'une mortelle. LaGuyon a, dans son livre des Torrents* ^ des lignes d'une éloquence dont il n'y a point de modèles. C'est sainte Thérèse qui a dit des démons : Quils sont malheureux l ils n'aiment point. Le quiétisme est l'hypocrisie de l'homme pervers, et la vraie religion de la femme tendre.. Il y eut cependant un homme d'une honnêteté de caractère et d'une simplicité de mœurs si rares, qu'une femme aimable put, sans conséquence, s'oublier à côté de lui et s'épancher en Dieu; mais cet homme fut le seul; et il s'appelait Fénelon. C'est une femme qui se promenait dans les rues d'Alexandrie, les pieds nus, la tête échevelée, une torche dans une main, une aiguière dans l'autre, et qui disait : Je veux brûler le ciel avec cette torche^ et éteindre V enfer avec cette
1. « La coquette a envie d'avoir A pour ami, B pour amant, G pour mari. Le premier a pour lui la conflance, le second la passion, le troisième la vanité; elle essaiera de A, se dégoûtera de B et gardera G. A règne sur le cœur, G sur la tête, et B sur ce mobile interne que les médecins appellent le plexus nerveitx, que votre Diderot a nommé la bête féroce, et que nous autres savants, nous regardons conmie remplaçant dans la mécanique de la femme la machine à vapeurs. » Récit exact de ce qui s'est passé à la séance de la Société des Observateurs de la Femme, le mardi 2 novembre 1802. Dans cette spirituelle parodie des faits et gestes de la Société des Observateurs de l'Homme, Lemontey, parlant de la décoration de la salle où se tenait la séance, dit qu'elle était décorée des « bustes de trois philosophes qui avaient particulièrement médité sur la femme : Thomas, Rousseau et Diderot. Le premier avait Pair de lire, le second de rêver, et le troisième de prêcher. La même Tariété se retrouvait dans les matières que le sculpteur avait employées : Thomas était en pl&tre verni, Rousseau en bronze doré, et Diderot en lave brute. » Gctte appréciation nous parait aussi juste quMngénieuse.
2. M™' Guyon, quiétiste célèbre du xvii* siècle, qui séduisit jusqu^à Fénelon, a été étudiée par M. Matter dans son livre le Mysticisme en France au temps de Fénelon Paris, Didier, 1866, in-18. Ses rêveries ont été publiées d*abord parfragments. Le traité des Torrents (spirituels), qui avait longtemps couru manuscrit, fut imprimé, pour la première fois, dans l'édition des Opuscules spirituels, Cologne, 1704, in-12. En 1700 on donna une édition complète des OEuvres de H*"* Guyon, en quarante volumes in*8^, Paris, chez les libraires associés.
eauy afin que V homme n'aime son Dieu que pour lui-même^. Ce
rôle ne va qu'à une femme. Mais cette imagination fougueuse, cet esprit qu'on croirait incoercible, un mot suffit pour l'abattre. Un médecin* dit aux femmes de Bordeaux, tourmentées de vapeurs effrayantes, qu'elles sont menacées du mal caduc ; et les voilà guéries. Un médecin ' secoue un fer ardent aux yeux d'une troupe de jeunes filles épileptiques ; et les voilà guéries. Les magistrats de Milet* ont déclaré que la première femme qui se tuera sera exposée nue sur la place publique ; et voilà les Milésiennes réconciliées avec la vie. Les femmes sont sujettes à une férocité épidémique. L'exemple d'une seule en entraîne une multitude. Il n'y a que la première qui soit criminelle; les autres sont malades. 0 femmes, vous êtes des enfants bien extraordinaires! Avec un peu de douleur et de sensibilité (hél monsieur Thomas, que ne vous laissiez-vous aller à ces deux qualités, qui ne vous sont pas étrangères?]» quel attendrissement ne nous auriez-vous pas inspiré, en nous montrant les femmes assujetties comme nous aux infirmités de l'enfance, plus contraintes et plus négligées dans leur éducation, abandonnées aux mêmes caprices du sort, avec une âme plus mobile, des organes plus délicats, et rien de cette fermeté naturelle ou acquise qui nous y prépare ; réduites au silence dans l'âge adulte, sujettes à un malaise qui les dispose à devenir épouses et mères : alors tristes, inquiètes, mélancoliques, à côté de parents alarmés, nonseulement sur la santé et la vie de leur enfant, mais encore sur son caractère : car c'est à cet instant critique qu'une jeune fille devient ce qu'elle restera toute sa vie, pénétrante ou stupide, triste ou gaie, sérieuse ou légère, bonne ou méchante, l'espérance de sa mère trompée ou réalisée. Pendant une longue suite d'années, chaque lune ramènera le même malaise. Le moment qui la délivrera du despotisme de ses parents est arrivé ; son
1. Fait cité par Baylc dans les Pênms sur la comète de 4680. 11 place la scène à Damas au temps de saint Louis.
2. Le médecin Silva, consulté à Bordeaux par une foule de jolies femmes, qui se plaignaient de vapeurs et de maux de nerfs, leur répondit : « Ce ne sont pas des maux de nerfs, c'est le mal caduc. » Le lendemain, il n*y eut plus une seule femme dans Bordeaux qui eût mal aux nerfs. (Br.)
3. Boerhaa?e guérit une épidémie d'hystérie en menaçant les malades du cautère.
4. VARUffTB: « Le dégoût do vivre saisit les femmes do Milet, les magistrats déclarent que, etc. b