‹ Œuvres complètes de DuclosChapitre 20 sur 67 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Pavé de Paris.

J 'ai observe , en parlant des trésoriers de France ( ckap. lY ) , qu'ils dirigeaient anciennement seuls le pavé de Paris. Ils se servaient alors pour l'indication , la conduite et la réception des ouvrages , d'an expert en titre d'office fort ancien , attaché au corps de la maçonnerie , nommé màUrc des œuvres. Il j eut ensuit^ des contrôleurs du barrage créés par édit du mois de mars i636 , auxquels , outre les fonctions de contrôler les quittances du trésorier , on avait imposé la charge de veiller à l'entretien des rues, de visiter les pavés neufs, et d'assister à la réception des ouvrages ; tant fut grande dans tous les siècles l'avidité des traitan&y^in'aprësavoirmisâ prix d'argent la science des lois, et la distribution de la justice, elle a fait entrer les arts dans les tan& de la vénalité, comme si l'on pouvait acheter les talens. M. Colbert avait trop de génie, pour ne pas sentir k quels abus un pareil désordre tendait ; il fit révoquer tous ces offices par édit du mois d'août 1669, et commit un architecte pour Tindication et h conduite des ouvrages de pavé. Il y a même toute apparence qu'il ne trouva pas que la police y fût maintenue de la part des trésoriers de France avec une attention digne de leur état, puisque sur le rapport qu'il en fit au rai , sa majesté s'en ex* pliqua dans des termes qui autorisent cette opinion , par deux

arrêts qu'elle rendit en son conseil les ... •

• . . • elle commit , par le dernier , Vun des

trésoriers de France , pour avoir , sous les ordres de ce ministre et les instructions d'un intendant des finances , la direction générale du pavé. Cette nouvelle forme la mit sur un meilleur ton ; mais elle déchut encore en 1695 , par le rétablissement des contrôleurs ; et on l'attaqua plus vivement en 1708, par la création d'un inspecteur en titre d'office , auquel 01^ attribua dans cette partie toutes les fonctions de l'architecte, sans exiger que le titulaire fût de la profession. La faveur qui enfanta ce petit monstre de finance , le défigura par des traits encore plus marqués , en lui conférant le droit de procéder k son inspection, conjointement avec le commissaire , et celui d* avoir sééince dans l'assemblée des trésoriers de France , au bureau qu'ils tenaient chaque semaine , pour les affaires du pavé. On ne pense pas que l'ordre judiciaire ait jamais été violé plus indî* gnement , et l'on ne conçoit point que cette compagnie xi'ait pas fait dans le temps les plus vives représentations contre Qoe

injure si marquée , qui ne pouvait être que le fruit de la surprise ; ou que si elle eu fit , elles u'aient pas été favorablement écoutées. Je serais cependant fâché qu'on pût m'accuser de Touloir moi-même, par cette réflexion, témoigner du mépris aux experts, et principalement à ceux qui sont commis par le roi ; mais ils ne doivent point s'offenser si je soutiens la subordination que les lois ont mise entre eux et les magistrats, ni qu'en admettant qu'un juge peut être ami d'un expert qui procède sous ses ordres, je prétende que l'ordre serait blessé , s'ils étaient pairs et compagnons. Les choses étaient néanmoins encore en cet état en 1727, lorsque l'arrangement et la réformation générale du département furent entrepris ; et l'on n'j re^ garda pas comme un des moindres objets de cette réforme, la nécessité de corriger un abus qui troublait l'ordre , et préjudiciait sensiblement au service. L'inspecteur et les quatre contrôleurs

du pavé de Paris furent supprimés par édit du .A

leur place on fit commettre un ingénieur en chef, à l'instar des inspecteurs généraux des ponts et chaussées , et on établit sous lui quatre sous-inspecteurs de l'art pour visiter sans cesse le pavé de Paris, divisé en quatre quartiers , avec les banlieues qui en dépendent. Ils veillent en même temps sur les contraventions , et sont tenus d'en dresser leurs rapports pour les remettre au commissaire. Cet officier donne pareillement , sur les rapports de l'inspecteur , l'alignement des maisons et murs de clôture qui aboutissent , ou qui ont leur face sur les grands chermins de la banlieue : mais ses fonctions ne s'étendent pas aux maisons de la ville , ni à celles des faubourgs de Paris. Ces . derniers alignemens sont réservés au bureau des finances.

C'est ici le lieu de dire que par édit du mois de mars 1693 » portant union de la chambre du trésor au bureau des finances , le roi créa quatre commissaires de la grande et petite voirie , pour sa capitale. Par la grande voirie, on entend les alignemens des maisons pour lesquels ces commissaires servent d'experts. Lia petite voirie consiste dans l'exécution des réglemens rendus en divers temps, pour empêcher les particuliers d'anticiper san»permision sur la voie publique, par des bornes, seuils, ou autres corps faisant saillie ; et pour prévenir les accidens qui pourratent arriver, si chaque propriétaire avait la liberté d'y élever à son gré des balcons , auvens , enseignes , etc. La juridiction et la police de l'une et de l'autre de ces voiries appaptiennent aussi aux trésoriers de France ; et quoiqu'elles soient distinctes de l'administration du pavé, j'en parlerai relativement à la largeur des rues, qui dépend de l'alignement des xnaisons , et intéresse par conséquent la sûreté et la conuno- 3. 36

dite des habitans, de même que la facilité du commerce. Si depuis un siècle il a paru au gouvernement qu'il fût essentiel de commettre un trésorier de France permanent , pour la direction générale du pavé de Paris , combien n'était-il pas plus essentiel d'en établir un , pour donner les alignemens des maisons sur les rapports d'un habile architecte , uniquement attaché à cet emploi ? Ne devait-on pas prévoir qu'en laissant cette direction à des commissaires que le bureau des finances nommerait à tour de rôle , ils ne seraient pas tous également exacts et intelligens , et que les mêmes causes auxquelles on imputait le dépérissement du pavé de Paris , n'influeraient que trop sur les alignemens dont la conduite est tout autrement difficile , et porteraient enfin des coups mortels & la décoration de cette 'capitale , objet si précieux au gouvernement. L'expérience a fait voir plus d'une fois que cette prévoyance eût été sage i mais on a plus fait que d'y manquer. Il semble qu'on ait travaillé h mettre des obstacles an redressement des rues , en multipliant les inspections qui doivent y veiller , et cm les remettant k des autorités indépendantes. Je traiterai cet article à fond y dans la troisième partie de cet essai. Je reviens au pavé.

Pour la dépense des ouvrages de ce département , il y a nu trésorier général dont la recette est assignée sur le produit du barrage , et dont l'exercice est en fout pareil à celui des trésoriers généraux des ponts et chaussées , si ce n'est qu'il n'y a qu'un seul titulaire.

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