‹ Œuvres complètes de DuclosChapitre 21 sur 67 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Turcies et Levées.

1 L y aurait de quoi faire un volume de ce chapitre seul , si Foa voulait en traiter à fond la partie historique , dont quelques traditions populaires font remonter l'origine jusqu'à ux'Rom^n^. Mais sans chercher à pénétrer dans une antiquité si reculée , il suffira de dire que, des le règne de Charlemagne, rentretien et la construction des turcies et levées occupaient le gouvernement , comme un des principaux objets de la police éconoo»iqne ; d'oii l'on doit présumer que cet ouvrage inmiense était déjà trë»ancien , puisqu'il faisait partie de ceux qui étaient soumis 4 la loi commune , tels que les ponts et les chemins. De aggcribus juxtà Ligerim faciendis ^ ut bonus missus eidem operi prwponalur, dit cet empereur dans ses capitulaires , Ub, 4> C€Êp. lo.

Aussi Toyons-nous que nos rois de la troisième rftce donnèrent une attention suivie aux digues célèbres dont il s'agit, à mesure qu'ils reprirent leur autorité usurpée , et qu'ils rétablirent l'ordre en proportion des lumières que chaque siècle acquérait.

François I*^ les mit sous l'inspection directe d'un officier qu'il créa tout exprès , avec le titre ^intendant des (urctes et lestées , qui subsiste encore aujourd'hui , sans aucun changement. Mais il faut convenir qu'en instituant cette charge pour de bonnes fins, on oublia d'en assujétir le titulaire à l'acquisition des talens dont il aurait besoin , et qui seraient d'autant pins utiles , qu'il y a peu de matières dans l'administration intérieure de l'Etat ,' plus dignes d'une attention sérieuse, par l'importance et la difficulté de la manutention.

Dans l'ordre général que M. Colbert entreprit de rétablir, ce grand ministre ne négligea pas un objet si précieux. Il réforma les abus de l'ancienne régie , et procura plusieurs réglemens qui la rendirent plus exacte et plus régulière. Jusqu'à lui les intendans des turcies et levées , accompagnés de deux contrôleurs en titre d'office , et aussi dépourvus que lui ides connaissances de l'art , indiquaient et adjugeaient les ouvrages. Les officiers des élections assistaient aux adjudications dont ils gardaient les minutes , et percevaient des droits considérables sur les adjudicataires. Enfin les receveurs des tailles , qui remettaient directement aux trésoriers les fonds imposés pour les travaux , ne s'en dessaisissaient qu'à la dernière extrémité. M. G>lbért fit commettre un ingénieur pour dresser les devis , et en suivre l'exécution. Il régla et diminua considérablement les droits des élus , et fit rentrer à temps les fonds destinés à la dépense , en sorte que les adjudicataires furent payés aux termes de leurs beaux. Après lui cet ordre se soutint en apparence ; mais des abus plus considérables subsistèrent et s'accrurent par la mal* versation et par l'ignorance. Les ouvrages étaient aussi mauvais et aussi chers que mal ordonnés. L'autorité des intendans, trop ' grande sur cette partie , puisqu'elle allait jusqu'à intervertir la

^ destination des fonds , et à l'appliquer à des usages particuliers ,

était en même temps , comme elle l'est encore , trop bornée sur la police , et par conséquent trop méprisée pour être d'aucune utilité. Je ne crois pas que cette régie , malgré les corrections ' qu'on y a faites depuis trente ans , soit encore sans défaut. Je

I proposerai respectueusement dans la suite les changemens dont

> je pense qu'elle pourrait tenir son salut.

^ Dans son état actuel ^ il y a deux corps d'offices d'intendans

I réunis sur la tête d'un seul titulaire. Son exercice s'étend par

f conséquent sur tout le cours de la Loire , de l'Allier et du Cher.

fô6 ESSAI

Deux contrôleurs aussi en titre , qui assistent à la visite des ouvrages et aux adjudications que fait Tintendant.

Un premier ingénieur qui préside à la conduite de tout le département.

Deux ingénieur» en chef, l'un pour la partie supérieure, depuis Orléans jusqu'à Moulins ; l'autre pour la partie inférieure , depuis Orléans jusqu'à Angers.

Plusieurs sous-inspecteurs divisés dans ces deux départemens, pour veiller sur les ouvrages , et pour être plus à portée de re* médier aux accident subits qui surviennent dans les crues d*eau. Enfin un trésorier général qui reçoit directement des mains des receveurs généraux , et qui paie sur les ordonnances de riotendant. Si l'on ne connaissait pas l'esprit de la finance, on aurait peine à croire qu'encore que cet arrangement de recette eût été pris des le ministère de M. Desmaretz , et que par là il n'en fût plus dû aucunes taxations aux receveurs des tailles , on n'avait pas laissé d'employer ces taxations à leur profit, dans les états des turcies et levées, jusqu'à la réforme de 1727, temps 011 elles furent rejetées.

L'opération la plus utile , qui jamais ait été faite pour la d^ rection de ce département , est une carte générale des lits de la Loire , du Cher et de l'Allier , qui fut levée , pour Ja première fois , en 1730. Elle est subdivisée en autant de plans, qu'il v a de cantons désignés par les états du département , et tous *^le$ ouvrages dont les bords de ces rivières sont revêtus, y ont été si clairement dessinés , qu'on en distingue facilement les difTerens genres et les dénominations. On ne conçoit pas comment il étaî/ possible, sans ce secours, de juger, dans l'intérieur du cabinet, de la nécessité des ouvrages proposés. Quand les ingénieurs an* raient pu fournir, dans tous les cas, autant de plans particuliers qu'ils auraient conçu^de projets, quelle idée aurait-on tirée de ces dessins isolés, dans une espèce oii il est rare qu'ils n'inflaent pas les uns sur les autres par leur direction? Aussi parait-il qu'on s'en rapportait à l'aveugle indication des intendans , surtout depuis que l'un d'eux , se voyant très-accrédité sous le règne àc Loifis XIV , s'était emparé de la confiance du gouvernement. Il donnait ses avis comme autant d'oracles , dans la certitude de n'être jamais contredit , et abusait , ainsi ouvertement , du silence que les lois ont gardé sur le vol de la réputation.

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