SCÈNE VIII
SAINT-ESTÈVE, DESROUSEAUX, BERNARDET, OSCAR, DUTILLET, M. DE MONTLUCAR.
BERNARDET
Et qui donc est-il, lui qui parle ainsi ?
M. DE MONTLUCAR.
M. Edmond de Varennes !
OSCAR, à Bernardet.
Que vous connaissiez si bien et dont vous avez suivi toutes les causes !
BERNARDET
Mais aussi quelle mauvaise habitude a ce diable d'Oscar de nous présenter des amis intimes dont on ne sait pas 1q nom !
OSCAR, à Bernardet.
Est-ce ma faute ? Aux éloges que . vous lui donniez, j'ai cm que vous ie connaissiez mieux que moi !
BERNARDET
Est-il bon enfant I
DUTILLET, donnant A Oscar une poignée de main.
L'esl-il!
294 COMéDIEB — DRAMES
M. DE MONTLUCAR.
Mais vous sentez bien que cela ne se passera pas ainsi !
BERNARDET
Y pensez-vous ? pour servir un ennemi malgré lui-même, pour lui donner de la réputation?... il y en a dans ce monde qui se feraient tuer pour se faire connaître, et vous iriez loi offrir un pareil avantage!... Vous avez trop d'esprit pour cela, trop de profondeur, trop de portée ! (se retournant re» les autres.) Occupons-nous de choses plus graves maintenant... (Léonard, Sarignac et Pontignj entrent en ce moment. Oscar leor donne une poignée de main et sort pour faire servir.) Maintenant que
nous voilà tous réunis, parlons de notre grande affaire... traitons cela franchement et en famille.
LÉONARD
n a raison 1
BERNARDET
n s*agit de faire nommer parmi nous un député. Qui a le plus de titres?... (os font un geste.) Je vous entends... tons... nous en avons tous... je ne viens donc pas discuter le mérite, il est incontestable; nous pourrions tirer au sort et les yeux fermés, ce qui vaudrait peut-être mieux, certains, quoi qu*il arrivât, que le hasard serait juste ; mais dans Tintérét -^ commun, dans l'avantage de l'association, il y a peut-être quelques considérations à observer qui ne vous échapperont pas.
SAVIGNAG.
C'est juste ; il faut avant tout un choix utile à nos amis.
M. DE UONTLirCAR.
Un choix ascendant...
LÉONARD
Ahl que c'est bien!...
M. DE MONTLUCAR.
Ou plutét ascensionnel, c'est-à-dire qui fasse monter le plus de monde possible.
LA CAMARADERIE d9&
BERNARDET
C'est cela même. Il a des expressions d'un bonheur! il a nettement rendu ma pensée.
DUTILLET9 passant au milieu, ï la place de Bernardet, qui se retire, et
prend rextréme droite.
n me semble alors, messieurs, que par mes rapports immédiats et journaliers avec tout ce qui écrit, imprime et publie, je me trouve naturellement porté à tendre la main à tout le monde... et c'est pour cela seulement que je me mets en avant... car, du reste, qu'importe qui l'on nommera ? un peu plus tôt, un peu plus tard, nous y arriverons tous; l'essentiel est de poser un premier échelon et qu'il soit solide.
POPÎTIGNY.
Bien... très-bien.
M. DE MONTLUCAR. *
C'est pour cela, messieurs, que par ma position sociiale, mes relations de famille, de naissance, de fortune, lancé comme je le suis dans le fauboug Saint-Germain^ je pourrais peut-être, et mieux que mon honorable ami...
BERNARDET, A part.
Us se croient déjà à la Chambre.
M. DE MONTLUCAR.
Vous tendre la main de plus haut, et vous offrir un plus ferme appui...
SAINT-ESTÈVB.
Je demande la parole.
M. DE MONTLUCAR.
Après cela, que j'arrive le preifiier ou le second, c'est inr différent, cela revient au môme j nous ne faisons qu'un, et Qu'un seul soit en pied, nous y sommes tous.
SAINT-ESTÈYE, passant entre Montlucar et Dntillet.
Voilà pourquoi, messieurs, il me semble qu'une réputation «•olossale et pyramidale jetée au milieu de la Chambre...
DUTILLBT.
Permettez...
SAINT-ESTEVB.
Laissez-moi achever...
DUTILLET
Je vous comprends...
SAINT-ESTEVE.
Vous vous flattez...
DUTILLET
Je vous dis que je vous comprends... j'en ai Thabitude... et c'est pour cela que je demande... que Ton aille aux voix.
Oui... aux voix!
Jl n'y en aura qu'une !
TOUS
LEONARD