‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 104 sur 176 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

SÂINT-ESTÈYE et OSCAR, alUnt au-deYant de M. DE MONT- LUCAR, restent ayec lui on instant au fond du théAlre. DESROU-

SEAUX, DUTILLET, BERNARDET et EDMOND; sur le de.

TMit da théAtre.

DUTILLET

II est en retard, quand on s'occupe de ce qui le regarde... car ce cher ami m'avait déjà parlé en secret pour la députation.

DESR0U8EAUX.

Et à moi aussi.

BERNARDET

C'est comme à moi... Et il faut avant tout le présenter au nouveau venu !

• (U ramène en face d'Edmond qui le reconnaît.)

EDMOND

M. de Montlucar !

M. DE MONTLUCAR, reconnaissant Edmond.

Odel!

BERNARDET, A part.

En voilà un qui le connaît !... ce n'est pas malheureux i

M. DE MONTLUCAR.

Quoi, monsieur, vous ici?

EDMOND

^e pourrais vous adresser la même question... vous qui Dévouiez pas être député... vous qui n'allez solliciter les suffrages de personne...

M. DE MO^TUijGAR.

J'ai suivi votre exemple^

SAINT-ESTÈVE et DESROUSEAUX.

Qu'est-ce qu'il y a donc?... •

M. DE MONTLUCAR, A Desrouseaax qui est A côté de lui.

C'est monsieur, qui est libéral, et qui vient demander k voix d'un légitimiste.

EDMOND, A Oscar qui est à côté de loi.

C'est monsieur qui est légitimiste et qui demande la voix de tout le monde I

BERNARDET, se jetant entre eux.

Eh ! messieurs I qu'importent les nuances ? et à quoi bon ces discussions qui nous désunissent et nous font du tort ?... Il n'y a ici que des camarades, des amis ! l'amitié n'a qu'une opinion... et elle en aurait deux, et même plus, cela n'en vaudrait que mieux. On a appui et protection dans tous les partis; on se soutient mutuellement et avec d'autant plus d'avantages que l'on a l'air de combattre dans des camps

opposés... (A Edmond.) YOUS étCS pOUr l'empire... ( A MoDUacar.)

Vous, pour la royauté, mon ami Dutillet pour (a république, et moi pour tous I Union admirable et d'autant plus solide qu'elle a pour base ce qu'il y a de plus respectable au

monde... notre intérêt I (Prenant la main de Montlucar qui se laisse

faire.] Allous, votre main, (a Edmond.) La vôtre!...

EDMOND, la retirant avec force.

Jamais 1 j'ignorais .ce que je viens de voir et d'entendre ! J'ignorais que, pour être de vos amis, la première condition fût de mettre son opinion et sa conscience au service de vos injlérôts... Non, je né donne point de pareils gages, et n accorde à personne le droit de m'en demander !

BERNARDET

Un traître parmi nous t

DUTILLBT.

Un traître à l'amitié !

Ah! n'outragez pas un pareil nom ! l'amttié s*avoiie et se

proclame, elle ne se cache pas, elle ne conspire pas I Elle ne rougit pas de se montrer ! car la véritable amitié n*exisle c£iie pour de louables actions ! Hors de là, il n'y a que complots, coteries et coupables manœuvres que le succès peut couronner d'abord, mais dont le temps fera bientôt justice ! Oui, qui s'est élevé par l'intrigue tombera par l'intrigue ; car rien ne reste ici-bas que le talent; l'intrigue peut le retarder, mais non l'empêcher d'arriver; et quand viendra son jour, quand brillera sa lumière, dès longtemps vous serez rentrés dans l'obscurité natale qui vous attend et vous réclame.

(n sort.)

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