SCÈNE IV
ZOÉ, BERNARDET, GÉSARINE.
BBANARDET, à Césanne.
J'ai reçu ma nomination; je suis professeur, grâce à vous, qui êtes mon bon ange. Mais en revanche j'arrive de Saint- Denis avec Montlucar, (a zoé.) votre mari, qui m'a ramené dans son tilburyé
ZOB et CÉSARINE, Tirement.
Eh bien?...
LA GAirARADERIE 315
BERNARDET, h Césarine.
Ëhbîen?...
(Regardant Zoé arec inquiétude.) CÉSARINE, montrant' Zoé.
On peut parler devant elle.
Eh I oui, docteur, je suis des vôtres !
RERNARDET, se frottant les mains.
Eh bien 1 madame, tout va au mieux.
CÉSARINE
Gomment cela?
BERNARDET
Nous sortons de l'assemblée préparatoire du premier collège, où j'ai l'honneur d'être un des plus imposés. Oscar a parlé aux électeurs, et sa petite improvisation a produit le meilleur e^et, sauf un ou deux endroits où il a manqué de mémoire. Mais le discours est fort bien ; c'est notre camarade Saint-Estève qui l'a composé, et nous le ferons paraître, ce soir, avec des notes et des réflexions impartiales du rédacteur, et entre parenthèses : « Marques d'approbation générale. »
CÉSARINE
Toute l'assemblée était donc pour lui ?
BERNARDET
Du tout; un tiers seulement, composé de nos amis, des chefs d'atelier de M. de Montlucar et de quelques badauds indécis qui étaient de notre opinion, parce qu'ils s'étaient mis à côté de nous en entrant dans la salle. Le reste était contre, et semblait disposé à faire de l'opposition. Alors j'ai eu recours aux grands moyens. J'ai pris à partie notre candidat, et je l'ai, ma foi! malmené... je l'ai attaqué violemment sur ses opinons.
CÉSARINE
n n'en a jamais eu.
Ûi6 COMÉDIES — DRAMES
BBRNÀRDET.
Tant mieux ! on a de Tespace dans tous les sens. Je lui ai crié : « Monsieur ! je ne m'en cache pas, vous n'êtes pas mon candidat ; je vous repousse pour telle et telle raison ! » Et je Tai accablé; mais Oscar a repris la parole, et a réponda alors...
CÉSARINE
Quoi donc?
BERNARDET
Le second discours préparé pour sa réplique... Cette foislà il ne s'est pas trompé; il a eu de la chaleur, il a été beau, il a rétorqué tous mes arguments; j'ai été obligé d'en convenir, et nos camarades se sont écriés : « Vous l'entendez ! ses ennemis eux-mêmes sont forcés de lui rendre justice ! » et ce dernier coup de théâtre, adroitement ménagé, a entraîné les innocents, les candides, les moutons de Panurge, ceux qui, sans le savoir, font toutes les majorités, el qui maintenant sont plus enragés que les autres.
Voilà, belle Emilie, à quel point nous en sommes.
ZOÉ, à Césarine.
Ils nommeront Oscar.
BERNARDET
J'en réponds ! Je réponds du premier collège ; et c'est ce soir une affaire enlevée, pourvu que, de son côté, votre mari présente votre jeune cousin au second collège où sont vos métayers, vos fermiers, tous gens qui dépendent de lui; c'est essentiel, et vous y avez déjà songé, car je vois monsieur le comte tout habillé, et prêt à sortir.