‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 118 sur 176 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M. DE MEREMONT, assis à gauche, en robe de chambre, dans un fauteuil; CËSARINË, debout, près de lui, reprenant une tasse oh il ▼ient de boire.

M. DE MIREMONT

Et tu es bien sûre, ma chère amie, que ce procès politique s'ouvrira à la Chambre des pairs la semaine prochaine?

CÉSARINE

Personne ne le sait encore ; mais la femme du ministre me Ta confié à moi en secret ; et vous qui n'êtes pas déjà bien portant... vous n'auriez qu'à tomber sérieusement malade au moment même de Fouverture... cela produirait le plus mauvais effet.

M. DE MIREMONT

C'est vrai.

CESARINE.

Tandis qu'en vous soignant huit ou dix jours d'avance, ce jjie sera rien, ou si cela devient plus grave, ce n'est pas votre ntlate... On sait depuis longtemps que vous êtes indisposé.

M. DE MIREMONT

C'est juste... je ne pouvais pas prévoir.

CÉSÀRINE.

Mais pour cela il ne faut pas commettre d'imprudeuces ; ii faut rester chez soi bien chaudement, ne voir personne.

M. DE MIREMONT

Oui, ma chère.

CÉSARINE

Et surtout ne pas sortir, comme vous vouliez le faire tout à l'heure. ■

M. DE MIREMONT

Sois donc tranquille... une fois que j*ai pris un parti... lu sais que j'y tiens... Et qu'est-ce que j'ai? qu'est-ce que dit le docteur ?

11 dit que c'est une grande irritation de poitrine.

M. DE MIREMONT, essayant de tousser.

C^est vrai! je me sens là une chaleur...

CÉSARINE

Qui n'est rien en apparence, mais qui peut devenir trèsgrave, si vous continuez à suivre vos travaux parlementaires. Vous avez voulu aller hier à la Chambre malgré mes avis...

M. DE MIREMONT

Je n'y ai pas parlé !

CÉSARINE

Qu'importe ?

M. DE MIREMONT

Il est vrai que j'ai écouté avec beaucoup d'action...

CÉSARINE

Vous vovez bien!

LA (Camaraderie 333

M. DE MIBEUONT.

Voilà ce qui nous fait mal.... voilà ce qui nous tue^ nous autres hommes de tribune !... surtout ces maudits procès!... J*aime mieux vingt discussions comme celle d'hier, quelque fatigantes qu'elles soient, que ces débats oà, bon gré, mal gré, on est obligé de se prononcer.

CÉSARINE

Restez chez vous, cela vaut mieux.

M. DE MIREHONT.

D'autant que ça n'empêche pas d'avoir son avis.

CESARINE.

Mais on ne le dit pas 1

M. DE MIREMONT

Voilà tout... on y met de la discrétion.

CÉSARINE

Et puis, que vous le vouliez ou non, c'est convenu, vous m'avez promis de rester.

M. DE MIREMONT

Eh! qu'estrce que je fais donc?... Toi, de ton côté, lu m'as promis de ne plus me parler d'Oscar.

CÉSARINE

Je vous le jure encore I

M. DE MIREMONT

De ne plus t'intércsser à lui 1

CÉSARINE

Dès que cela vous déplaît... et quelque injustes que soient vos soupçons... mon devoir est d'y faire droit... Je ne vous dirai plus un mot en sa faveur... et même si vous voulez que je cesse de le voir. . parlez.

M. DE MIREMONT

C'est trop, mille fois... et je n'en veux pas tant... mais puisque tu es dans ton jour de générosité... j'aurais une autre grâce à te demander.

33i COMEDIES -^ DHAMES

CÉSARI?fE.

Et laquelle?

M. DE MIREMONT

Il est un nom que par hasard tu as prononce tout à Fheure, et, sans le vouloir, tu m'as rappelé que j'avais dû autrefois ma fortune et ma vie à M. de Varennes, le père, mon ancien ami, ce qui ne nous a pas empêchés depuis longtemps de négliger beaucoup son fils, M. Edmond, que j'aime infiniment et que tu ne peux pas souffrir.

GÉSARINE.

C'est vrai I je ne nie pas qu'il ait beaucoup de talent et de mérite... et vous qui parliez tout à l'heure ^e député... je conviendrai avec vous qu'il a autant et plus de droits qu'un autre ; mais que voulez- vous? c'est une antipathie que je ne peux vaincre.

H. DE MIREMONT

Eh bien ! je te demande d'essayer, pour moi, pour me faire plaisir...

^ GÉSARINE.

A^ coup sûr, ce n'est pas aujourd'hui, et dans l'étal où vous êtes, que je voudrais vous contrarier. Mais pourtant... Qui vient là ?

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