‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 121 sur 176 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

ZOÉ, CÉSAÏUNE, BERNARDET.

BERNARDET, Â la cantonade.

Oui, messieurs; on trouvera chez le concierge les bulletins d'heure en heure... (D'un air sombre.) Pardon si, dans l'inquiétude où je suis, je ne vous en dis pas davantage : on

m'attend pour une consultation. (Apercevant les deux dames.) Ah I

vous voilà?

CESARINE, toujours assise à son métier.

Gomment cela va-t-il ?

BERNARDET, gaiement.

Cela prend la meilleure tournure. G*est étonnant avec quel bonheur les mauvaises nouvelles se répandent!

cësarine.

Et le ministre ?

BERNARDET

Il a votre lettre. Après Favoir remise je suis passé dans la salle des conférences, où, d'un air sombre, j'ai fait circuler l'événement ; et un instant après je ne pouvais suffire à la foule des questionneurs; je n'ai répondu que par une physionomie sinistre et par un silence qui laissait bien peu d'espoir... Aussi, quand le ministre a paru, chacun, persuadé de la nécessité de se hâter, a couru à lui, et tout le monde, avant la séance, avait deux mots à lui dire en particulier; c'est tout naturel. 11 faut maintenant s'inscrire d'avance pour avoir une place. Or, comme votre mari en a huit à lui tout seul, vous jugez des demandeurs et des amis que cela fait au ministère ! Peut-on refuser son vote à des gens qui vont avoir huit places à leur disposition ? C'est impossible ; et au lieu de quatre voix il paraît qu'ils en auront vingt-cinq.

CÉSARINE, avec joie.

A merveille!

ZOÉ

Je devine, enfin.

CÉSÂRINE.

C'est bien heureux I

La loi va passer, séance tenante, à une majorité très-agréable, grâce à la mauvaise nouvelle qui a produit un effet de revirement, non-seulement sur la Chambre, mais encore sur nos camarades, à qui je n^avais pas dit le mot de l'énigme, pour que les rôles se jouassent avec plus de naturel,

GÉSARINE.

C'était bien.

BERNARDET

Et voilà que d'eux-mêmes, de bonne foi, ils tournent le dos à Oscar, le croyant déjà privé de son seul appui et de son seul mérite, son cousin le pair de France. Aussi je n'ai pas eu grand'peine à faire: faire volte-face à leur amitié, et à la diriger dans le sens que -vous désiriez.

ZOÉ

Bravo I

BERNARDET, à Zoé.

Mais celui à qui je n'avais pas pensé, c'est votre mari; vous ne l'aviez donc pas prévenu ?

ZOÉ

Non vraiment, je n'ai rien dit à personne ; je vous l'avais promis.

BERNARDET

Il s'est déjà mis en course pour remplacer M. de Miremont à l'Académie des sciences morales et politiques; je l'ai rencontré chez un de mes clients, à qui il allait demander sa voix; il y avait là tant de monde que je n'aipaspule détromper, et il est remonté en cabriolet pour continuer ses visites.

ZOE.

Ah ! mon Dieu !

BERNARDET

Il n'y a pas de mal ; cela servira pour la prochaine place vacante, quelle qu'elle soit; on les demande maintenant aux personnes elles-mêmes, et de leur vivant; plus tard il n'est plus temps... Mais à présent que je vous ai servi, je demande à comprendre et à connaître la cause de la contre-révolution que je viens d'opérer.

CÉSARINE

Laquelle ?

BERNARDET

Le changement en faveur d'Edmond, notre ennemi à tous?

CÉSARINE

Je vous le dirai.

BERNARDET

Il est essentiel que je le sache.

ZOÉ

A quoi bon? Lui-même l'ignore.

CÉSARINE, à Bernardet.

C'est vrai ; il est môme nécessaire que je le voie.

ZOÉ, & part.

J'espère bien que ce ne sera pas aujourd'hui.

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