‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 141 sur 176 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

M. DE ROUVRAY, DBENNEBON.

DHENNEBON, d'an air d'importance â sa femme qai sort.

C'est bien... c'est bien, ma bonne, (a h. de Roarray.) Excellente femme!!... et si tu te maries jamais, je t'en souhaite une pareille I

Moi!... me marier!... Il se peut que, pour des raisons de convenance ou d'intérêt, cela m'arrive un jour!... mais jusqu'à présent, grâce au ciel, je suis resté célibataire !...

DHENNEBON.

Cela m'étonne !... toi qui as toujours adoré les femmes !

M. DE ROUVRAY

Raison de plus! parce qu'un garçon, vois-tu bien...

DHENNEBON.

Je comprends !... des passions !... des conquêtes !

M. DE ROUVRAY

Plus que je ne veux !

DHENNEBON.

Kst-il heureux !... voilà une existence d'homme !... Moi, si je n'avais pas enchaîné ma liberté, j'aurais voulu comme toi ôlre homme à bonnes fortuues!... c'est un bel état !...

M. DE ROUVRAY

Mais oui !... malgré la concurrence... je te le dis sans vanité, parce que ces succès-li\... ce n'est pas à moi que je les dois... c'est à ma fortune... à ma position politique... Je me suis fait quelque réputation à la tribune ! Je suis de l'opposition, je suis avocat, je parle... quoi qu'il arrive, je parle toujours contre... je suis indépendant.

DUENXEBON.

Est-il heureux !...

Voilà comment nos amis m'ont fait nommer à cent lieues d'ici, dans un déparlement...

DHEXNEBON.

Oii tu es connu?

M. DE ROUVRAY

Je n'y avais jamais mis le pied !

DIIENNEBON.

Au lieu de se donner la peine de choisir <|uelqu'un de leur endroit !...

M. DE ROUVRAY

Que veux-tu ! Us avaient cet automne leurs vignes et leurs vendanges, ils ne pouvaient pas s'occuper de leur opinionleur en faut une toute faite ! dans la province, d'ailleurs, c'est l'usage, on fait tout venir de la capitide ! cl uu mandataire qu'on leur envoie de Paris leur parait bien plus l)cau qu'un député du crû... quelque bon propriétaire... qui s'occuperait de leurs affaires... mais qui ne parlerait pas! Tu ne peux l'imaginer quel effet cela produit quand le journal arrive, et (ju ils se disent : « Notre député a parlé! »

DHËXNEBON.

Même quand il ne parle pas d'eux !

M. DE ROUVR\Y«

C'est égal !... c'est un grand bonheur pour le département ! Et puis, ils ont un avantage avec moi : je heurte tout le monde, je ne pense jamais comme les autres, et, quand on est de mon avis, je n*en suis plus!... l'indépendance avant tout I

DHENNEBOX.

Tu as raison ! voilà l'homme libre ! il n'est soumis à rien... tandis que moi, obligé par ma place de répondre au public, d'obéir au chef de division, au ministre, au conseil d*État, à tout le monde !... tremblant devant le pouvoir ! enchaîné, comme un forçat, à un bureau impitoyable !... (Tirant sa montre.) Deux hcurcs daus linstant !... j'aurai aussitôt fait de ne pas y aller aujourd'hui ! (Reprenant.) Enfin, mon ami, Tesclavage administratif est une tyrannie de tous les moments ; tandis que toi !...

M. DE ROUVRAY

Je brave tout I... je suis au-dessus de tout ! je n'ai besoin de personne I

DIIENNEBON.

Ce cher ami I

M. DE ROUVRAY

Kt comme j'avais un service à le demander...

. DHENXEBON.

Parle, mon ami !

M. DE ROUVRAY

Je n*ai pas voulu, comme je te l'ai dit, m'exposer aux chances du mariage et à tous les tracas qui en sont la suite ! grâce au ciel, un garçon n'a pas d'enfants, n*a pas d'héritier direct... mais... mais... il a quelquefois par-ci... par-là... des filleuls!...

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