I. — III
Et tu as des filleuls?
M. DE ROUVRAY
J'en ai un dont je ne conviens pas, excepté avec toi ; an joli garçon, je m'en flatte... que j'ai élevé d'après mon système, dans des idées jeune France... des idées de progrès.
DHENNEBON.
Et en fait-il... des progrès?
M. DE ROUVRAY
Du tout... d'abord, il n'a pas voulu rester au collège, OÙ je l'avais mis, parce qu'il trouvait humiliant d'obéir à ses maîtres ; de même chez le notaire, chez l'avoué, dans toutes les professions que je lui ai données... il ne veut être rien... que libre...
DHENNEBON.
C'est un bel état I
M. DE ROUVRAY
Oui, mais très-cher... pour moi du moins! et, pour me débarrasser de lui, j'ai pensé à la carrière des places... Peux-tu, pour commencer, le faire entrer surnuméraire dans ton bureau ?
DHENNEBON.
J'en dirai deux mots à notre chef de division, que je vois aujourd'hui à Passy ; et dès qu'il saura que c'est pour toi...
M. DE ROUVRAY
Garde-t'en bien !... je ne dois pas paraître ; parce que, dans ma position... si je demandais quelque chose au pouvoir... moi, député indépendant 1 tous mes amis politiques me tomberaient sur le corps !
DHENNEBON.
Tu n'es donc pas libre de faire ce que lu veux ?
M. DE ROUVRAY
Non, mon ami ! voilà pourquoi je me confie à ton obli-
geance et à ta discrétion : de mon côté, si je puis te rendre quelque service, te donner une position indépendante !...
DHENNEÈON.
Voilà l... il n*y a que cela qui manque à mon bonheur! les six mille francs du gouvernement sont là comme un poids... que je voudrais augmenter !... parce que six mille francs, avec femme et enfant, ce n'est pas vivre I
M. DE ROUVRAY
Je t'en ferai avoir douze , quinze, plus encore , si lu veux ; et, pour commencer, prends d'abord de nos chemins de fer... je suis un des administrateurs... cinquante pour cent de bénéfices, et si lu veux vingt-cinq actions, je n'ai qu'un mot à dire à mon neveu l'agent de change I
DHENNEBON.
Ah ! ton neveu est agent de change ?
M. DE ROUVRAT.
Oui, l'aîné, Léon de Saint-Rambert ; et son frère, Edgard, est dans le militaire... officier supérieur, aide de camp du prince, il est fort bien en cour.. ^ un garçon charmant que je loge chez moi, à Paris.
Malgré tes opinions !... et tes amis politiques?...
M. DE ROUVRAY
Cela a fait d'abord quelques difficultés... mais ils me permettent d'être oncle I...
DHENNEBON.
Ce n'est par un emploi salarié !...
M. DE ROUVRAY
Au contraire!... et à propos de cela, mon neveu Edgard avait quelque chose à demander au ministère de la guerre... je lui ai conseillé de s'adresser à toi, et il a dû aller à ton bureau...
DIIENNEBON.
Aujounrhui !... il a été î\ mon bureau I...
M. DE ROUVRAY
Oui, mon ami !
DHENXEBON.
Eli bien ! il est plus habile que moi... qui n'aipaspuy mettre les pieds! le pauvre garçon aura fait une course inutile.
EDGARD, en dehors.
Ah I M. Dhennebon est encore ici 1
Tiens!... c'est lui !... qui, ne te trouvant pas au ministère, sera venu te réclamer jusque chez toi !