‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 157 sur 176 · EDGARD, EMILIE · texte numérisé non relu

EDGARD, EMILIE

EMILIE

Vous voyez, monsieur, que je me suis conformée à vos intentions, et que nous sommes seuls.

EDGARD, lentement et froidement.

Je VOUS en remercie, madame...

EMILIE, à part.

Dieul ... quel air solennel I... c'est bien cela 1... (Haut.) Je VOUS écoute, monsieur,

Mademoiselle votre sœur est riche à présent!...

EMILIE

Elle vient de l'apprendre.

Je lui en adresse mes félicitations I... Tignore si ce changement de fortune a changé ses opinions sur le mariage...

4^8 GOlfÉDIES — DRAMES

EMILIE

Elle les a, du moins, beaucoup modifiées... car. une clause du testament lui ordonne expressément de se marier... et, quelles que soient ses idées à cet égard, elle ne peut que se soumettre aux volontés de sa bienfaitrice !... (Regardant Edgard

qui fait un mouyement de surprise.) Il CSt ému...

EDGARD, froidement.

J'en suis ravi... et je peux alors avec quelques chances de succès vous demander officiellement la main de votre sœur... pour mon oncle, M. de Rouvray.

ÉMIUE.

Votre oncle I... ô ciel 1 y pensez-vous I...

Pourquoi pas?... mon oncle a quarante ans, il est vrai; mais il est jeune par ses goûts, qui sont ceux de votre sœur: même caractère, môme amour de la liberté, une fortune presque égale ; et de plus, une belle position politique I... La prochaine session peut le porter au pouvoir !

EMILIE

Votre oncle, monsieur 1 et qui lui a donné une pareille idée ?

Moi, madame; je ne pouvais lui conseiller un meilleur choix.

EMILIE

Il me semble qu'autrefois vous auriez été moins généreux!... £t à moins que ce mariage, dont vous me parliez ce matin... ne puisse plus se rompre... (Regardant Edgard qui se tait.) et je le vois... c'est possible encore... je pense que vous ne devez pas à votre oncle une telle preuve de générosité... un si grand dévouement I...

Nonl... le mien n'iraii; pas jusque-là !...

EMILIE

II y a donc d'autres motifs ?

Ouï, madame, des motifs que je puis seul apprécier, un obstacle invincible qu'il ne m'est pas permis de vous dire.

JSMILIE, à demi-roix et loi prenant la main.

Écoutez-moi, Edgardl vous connaissez mon amitié I... parlez-moi avec franchise : est-ce le souvenir d'un premier refus, est-ce Tamour-propre blessé qui vous empoche de songer aujourd'hui à un parti superbe ?

Âh I ce n'est pas. là ce qui m'eût déterminé !

EMILIE

Je le saisi... je le sais!... je connais votre caractère noble et désintéressé, et, grâce au ciel, votre fortune personnelle, votre position indépend anle^ vous mettent à l'abri d'un pareil soupçon I.... Il n'est donc qu'un motif, un seul

qui pourrait vous faire hésiter!... (L'entraînant à l'autre bout du

théâtre, et à roix basse.) Eh bien, mousieur I... eh bien!... c'est peut-être mal ce que je vais vous dire... mais enfin, si moi, sa sœur... j'avais cru voir... si j'étais sûre qu'on vous aimât I...

EDGARD pousse un cri de joie»

ciel]... (Puis il s'arrête, se reprend, et dit froidement à Emilie.)

Je ne puis...

EMILIE, poussant un cri d'indignation.

Ah !... (vivement.) je n'ai rien dit, monsieur! je n'ai rien dit !

EDGAtlD.

Et moi... je ne sais rien!.,, je vous le jure !... mais mon honneur, ma conscience me disent que je dois agir ainsi !... et vous-même en d'autres temps me rendrez justice peutêtre 1... Daignez faire part à mademoiselle votre sœur des intentions de M. de Rouvray; je vais le retrouver chez lui

oCi il m'a donné rendez-vous, le prier de faire désormais valoir ses droits lui-même, et de venir chercher ici la réponse qu'il attend.

(n la salue respectneatement et sort.)

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