M. DE ROUVRAY, ESTHER, EDGARD, EMILIE
DHENNEBON, entrant par le fond.
DHENNEBON, pâle, en désordre, et sautant au cou d'Emilie.
Ma femme!... ma femme! embrasse-moi!... j'en suis dehors... j'en suis quitte... je suis le plus heureux des hommes !
EMILIE
Qu'as- tu donc?
DHENNEBON.
Mon agent de change, (a Edgard.) votre frère, a revendu pour moi!...
M. DE ROUVRAT.
Sans me consulter!... avec uije perte énorme !...
Du tout; je ne perds ni ne gagne : il a saisi adroitement un moment de hausse.
M. DE ROUVRAY
n est bien habile... il n'y en a pas eu... au contraire!...
ESTHER, à demi-Toix, et lui serrant la maio.
Taisez-vous donc I
M. DE ROUVRAY, virement.
Ah ! oui... oui, je comprends !... des nouvelles d'Espagne... une victoire qui cinq minutes après s'est trouvée une retraite... Il en est toujours ainsi... ça monte et ça descend...
DUENNEBON.
Et tu n'as pas, comme moi, profité de la bonne veine?
M. DE ROUVRAY
Non, mon ami.
DHENNEBON.
Lui qui pourtant a Thabitude de la Bourse I cela prouve comme il est difficile d'y bien jouer !
EMILIE
Raison de plus pour s'en abstenir)
DUENNEBON.
C'est fini, ma femme, c'est fini !... j'ai manqué en faire une maladie... j'étais un insensé qui ne connaissait pas son bonheur... un aveugle qui a voulu marcher sans son guide, et qui le reprend.
M* DE ROUVRAT) qui s'ett approché de Dh«imebon 9l lai a frappé sur
l'épaule.
Va I tu seras mené toute ta vie 1...
DHENNEBON.
Gela m'est égal, pourvu qu'on me mène bien. £t toi qui parles !...
M. DE ROUVRAT.
Moi, mon ami, je reste garçon ; parce que l'homme d'Ëtat doit être libre de toute chaîne... je renonce à toute concession, à tous les avantages qu'on pouvait m'offrir ; parce que le tribun, le mandataire du peuple, doit se tenir en dehors du pouvoir.
DHENNEBON, à demi-roix.
La combinaison a donc manqué ?
M. DE ROUVRAT.
Grâce au ciel ! je le préfère, je suis mon maître, je n'appartiens plus qu'à moi !... nous allons déjeuner en famille, sans que rien nous dérange...
UN DOMESTIQUE, entrant.
On demande monsieur aux Tuileries.
M. DE ROUVKAY.
Aux Tuileries?... J'v vais !
(a so:t.)
DHENNEBON.
Encore un indépendant qui se croit libre !...
EMILIE
Et qui ne Test pas plus que nous ! (a son mari.) Car tu vois bien maintenant qu'en cette vie on est toujours dépendant de quelqu'un I... et à défaut des autres, on a pour tyrans ses propres passions... le tout est de les choisir bonnes.
ED6ARD, A Esther.
Mon choix est fait I
^ DHENNEBON, A sa femme.
Le mien aussi !