SCÈNE PREMIÈRE
LÉOPOLD, DULISTEL.
DULISTEL, assis sur un canapé et tenant un contrat à la main.
Vous lui reconnaissez donc cinquante mille écus de dot?,..
LÉOPOLD, debout, et regardant vers la porte à gauche.
Oui, monsieur... (a part.) Si je pouvais lui parler seul un instant... ayant que Ton arrivât 1
DULISTEL.
Cet article-là ne souffre de votre part aucune difficulté?...
LÉOPOLD
Aucune. Mais nous sommes à discuter les articles d'un contrat dans oe boudoir, où tout le monde peut entrer ; et, demain, dans votre cabinet, ce serait plus convenable.
DULISTEL.
Demain!... Ah çà, mon cher ami, Tamour vous fait perdre la tête... nous le signons ce soir à onze heures; c'est vous qui Tavez demandé... Et, pour ce qui est d'être dérangé, ce n'est pas à craindre ; nous sortons de table, ces dames sont à leur toilette et en auront pour longtemps. Revenons donc au contrat.
LÉOPOLD, à part.
Ah 1 quel supplice ! et qu'ai-je fait ?
DULISTEL.
Vous sentez bien que j'aurais pu donner une dot à ma belle-sœur, si ce n'était mon opération d'Haïti qui absorbe tous mes capitaux. C'est une chose terrible que les affaires ; nous autres capitalistes nous sommes malheureux ; nous ne pouvons jamais faire de bien, jamais!... tandis que vous, quelle différence ! vous faites le bonheur d'une jeune personne sans fortune, celui de sa famille, vous contribuez par votre influence à la nomination d'un beau-frère qui, grftce à vous...
LÉOPOLD
Sera député, je l'espère bien.
DULISTEL.
J'ai des droits.
LÉOPOLD
Vous êtes colonel !
DULISTEL.
Je suis millionnaire !... c'est le fruit de quinze ans de tra vaux dont le pays me doit quelque reconnaissance. Aussi , je vous le dis franchement, je compte sur vous, et je suis charmé de cette alliance. Mais ce qu'il y a de bien étonnant, c'est que ma femme... je ne sais ce qu'elle a contre vous... mais ce mariage ne lui plaît pas, ne lui convient pas.
LÉOPOLD, ayec joie.
Vraiment 1
DULISTEL.
C'est évident. Elle était pendant tout le diner d'une hu-^ meur étonnante ; et quand, devant Cœlie, qui ne se doute encore de rien, elle s'est mise à parler contre les maris qui sont insensibles, personnels, égoïstes, ça m'a fait rire... c'était pour vous.
LEOPOLD
Vous croyez?...
DULISTEL.
Pour effrayer sa sœur, et la prévenir contre le mariage ; mais rassurez-vous ; que cela plaise ou non à ma femme, Gœlie est ma pupille, et je vaià dès ce soir lui ordonner...
LÉOPOLD, TiTement.
Non, je vous en supplie en grâce, ne lui en parlez pas encore.
DULISTEL.
Pas encore !... vous ne pouvez cependant pas Tépouser sans le lui dire ?
LÉOPOLD
Aussi je ne vous demande qu'une heure. Je veux, avant de me déclarer, savoir d'elle-même... (virement.) Car enfin, écoutez donc... si elle ne voulait pas, si elle ne m'aimait pas...
Eh I mon Dieu ! s'il fallait s'inquiéter de tout cela, on ne se marierait jamais.
LÉOPOLD
Que voulez- VOUS?... j'y tiens!... une heure encore sans luifien dire!...
DULISTEL.
Soit.
LÉOPOLD, à part.
D'ici-là, si je ne puis parler à Albertine, je lui écrirai du moins. (Haut.) Et quant à ce contrat que vous avez rédigé avec le notaire, ne vous donnez pas la peine de me le lire. J'aime mieux en parcourir seul les articles, et si j'avais là wne plume et de l'encre...
DULISTEL, lui montrant la porte A droite.
Ici, dans ce petit salon, vous trouverez ce qu'il vous fau- ^ <lra ; mettez vos observations en marge, et en une heure le
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troisième clerc d*Àrchambaud, mon notaire, aura tout recopié pour ce soir.
LÉOPOLD
Soyez tranquille... (a part.) Allons lui écrire, et remettons mon sort entre ses mains !
(n fort par la porte à droite.)