SCÈNE IL DULISTEL, puis CŒLIE
DULISTEL.
C'est, le diable m'emporte! un héros de roman..*, un paladin... Si celui-là entend jamais les affaires!... il fait bien de se marier, il n'est bon qu'à cela... Ah ! voici Taotre héroïne... Déjà prête, ma chère belle-sœur!
GŒLIE.
Je ne suis jamais longue à ma toilette.
DULISTEL.
C'est que vous n'êtes pas coquette,
GOELIE.
Peut-être bien, mais à quoi bon?... je n'ai besoin de plaire à personne.
DULISTEL.
Il ne faut pas dire cela ce soir!... (a part.) Je puis bien, sans manquer à ma parole, lui parler avec adresse, vaguement, et en général... (Haut.) Cœlie... venez donc ici!
COELIE.
Quel air de finesse et de mystère I Est-ce que vous avez une confidence à me faire?
DULISTEL.
C'est possible : que diriez-vous si l'on vous proposait de vous marier?
COCLIE.
Est-ce étonnant!... et vous aussi! Voilà précisément la question que ma sœur m*a faite il y a une heure.
Et que lui avez-vous répondu?... eh bien?...
GŒLIE, après un instant de silence.
Que je ne voulais pas!... et alors elle m'a embrassée avec joie!...
DULISTEL.
Elle vous a embrassée?...
COELIE.
Oui, vraiment 1 et je craignais que vous n'en fissiez autant. Voilà pourquoi j'hésitais à répondre.
DULISTEL, arec colère.
11 s'agit bien de cela!... il vous sied bien de refuser, de faire la fière, à vous qui êtes sans fortune, qui n*avez rien. El pourquoi ne voulez-vous pas?... pourquoi refusez-vous votre bonheur?
COELIE, reculant avec effroi.
Ah! mon Dieu!... il me fait peur... (Tremblante.) Parce que je n'aime pas les maris méchants... qui se mettent en colère... et, comme je ne vois que cela tous les jours, j'aime mieux renoncer au bonheur... et ne pas me marier..,
DULISTEL.
Silence donc !
COELIE, à haute toîx.
J'aime mieux rester fille ! . . •
DULISTEL, à 4 mi-voix.
Voulez-vous ne pas parler si haut !
COELIE.
Ah ! mon Dieu !
66 GOlféDIES — DRAMES
DULISTEL, & part et la prenant par la main. •
Si près de ce petit salon d'où Ton peut tout entendre !...
(L'enunenant de l'autre c6i6 à gauche, et & Toiz basse.) Savez-VOUS,
imprudente que vous êtes, qu'un superbe parti se présente pour vpus en ce moment?...
GCELIE.
Peu m'importe I
DULISTEL.
Qu'un jeune homme qui tient à être aimé pour lui-môme.. ► vous demande en mariage ?...
GCELIE.
Je n'en veux pasi
DULISTEL.
Que ce jeune homme est M. Léopold de Mondeville?...
COELIE, poussant un cri en mettant la main sur son cœur, et toute tremblante de joie.
Ah!... qu'avez-vous dit?... est-ce bien vrai?... répétez encore, répétez ce nom-là...
DULISTEL.
Léopold !
COELIE, Tivement.
Je veux bien... mon beau-frère,., je veux bien...
DULISTEL.
Vous savez s'il est riche I...
COELIE, yiyement.
Je ne tiens pas aux richesses...
DULISTEL.
Et il vous reconnaît une dot de cinquante mille écus.
GCELIE, de même et sans Téconter.
C'est égal!... je veux bien!... Quoi! c'est lui, vous en êtes bien sûr?.,. mon Dieul... mon Dieu!... je suis folle... je perds la tête... c'est mal !.,, je ne devrais pas être
•contente.- surtout devant quelqu'un... vous n'en direz rien... vous ne lui direz pas?
DULISTEL.
Non certainement..* G*est ma femme... (a part.) Elle aura beau dire et beau faire maintenant... (Regardant AUertine, Cœiie
et la porte du cabinet où est Léopold.) Je pOUX los laisser, je Crois,
tous les trois... en famille.
(U sort par le fond.)