‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 33 sur 176 · SCENE vni · texte numérisé non relu

SCENE vni

CŒLIE, DULISTEL, DESROSOIRS. puis LÉOPOLD.

COELIE.

Eh bien, c'est aimable ! vous restez dans ce boudoir : on arrive de tous les côtés, et ni vous, ni ma sœur n'êtes là pour recevoir! il nV a que moi, qui ne peux y suffire,

DESROSOIRS.

Il y a donc beaucoup de monde î

COELIE.

Il -y en a déjà trop!... J'espère cependant bien qu'il en arrivera encore... (Regardant autour d*eUe.) car je ne le vois pas.

(Dulistel ouTre une des trois portes du fond; an même instant s'outrent les deux autres, et l'on aperçoit le salon qui ne fait plus qu'un arec le boudoir. Le salon est rempli de monde. Des dames sont assises au fond, sur des causeuses, près de la cheminée. Des tables de jeu sont dressées. Des hommes se promènent» entourent les tables ou les canax>és. Dulistel va et vient, salue tout le monde.)

COELIE, seule dans le boudoir.

Il n'y a rien d'ennuyeux comme ces grandes soirées... où il y a tant de monde... (Regardant autour d'elle.) et où on ne voit

personne... (Apercevant Léopold, qui vient de sortir du cabinet à

droite.) Ah I... le voici I... je suis tranquille maintenant...

(Elle remonte dans le salon et donne des ordres; Léopold s'est jeté sur le canapé à droite, sur le devant du théâtre, où il reste rêveur, la tète appuyée sur sa main.)

- LÉOPOLD

Non... je ne puis revenir encore de tout ce que j'ai entendu!... Ah! cela mérite justice et punition... Et j'ai pu m'abuser à ce point, j'ai pu croire un instant qu'elle m'aimait!... le voile est tombé... mes yeux s'ouvrent... et je dois

l'en remercier, car pour elle j'allais sacrifier un trésor, un ange... renoncer au cœur le plus pur et le plus tendre... Ah! désormais ce sera trop peu de ma vie pour mériter un pareil amour.

DULISTELy rentrant dans le boudoir ayec Desrosoirs et Cœlie.

Savez-vous pourquoi votre sœur ne nous honore pas de sa présence?

COELIE.

Non, monsieur.

DULISTEL, à Desrosoirs.

J'ai déjà envoyé dans son appartement... lui dire de descendre.

COELIE.

J'en viens aussi.

DUUSTEL.

Et que faisait-elle?

GOELIE.

Elle écrivait.

DESROSOIRS, yirement.

Ahl... elle écrivait!..^

DULISTEL.

C'est bien le moment !... les femmes ne savent rien faire à propos.

DESROSOIRS, froidement.

Qu'en sais-tu?

DULISTEL, YÎyement.

Eh bien! voyons! vous, Cœlie... en son absence, établissez quelques parties... une bouillotte dans ce boudoir... où- Ton ne fait rien.

GOELIE, faisant signe à des domestiques.

Oui, monsieur. . . (Regardant Léopold qui est toujours sur le canapé.)

Il ne parle pas!... il ne dit rien!...

DESROSOIRS, regardant les domestiques qoi placent deux tables.

C'est ça... une table d'écarté pour la jeunesse, et une table de bouillotte pour les sages... la vieille... l'antique bouillotte si longtemps oubliée... qui est enfin revenue en faveur. (a DuUstei.) C'est consolant pour nous... pour moi du moins.

DULISTEL.

Et en quoi?

DESROSOIRS, regardant Léopold en sonriant.

Cela prouve qu'il est des moments où les anciens peuvent reprendre l'avantage.

(On a placé à gauche sur le derant du théâtre one table d'écarté ; à droite^ an fond, pins près de la porte du salon, une table de boufllotte. Cœlie, qui tient des cartes à la main, en a offert à plusieurs personnes, et à Desrosoirs qui a accepté ; il ne lui en reste plus qu'une, elle s'approche de Léopold.)

COELIBy arec émotion et baissant les yeux.

Monsieur de Mondeville... veut-il accepter une carte?

LÉOPOLD, virement et se letant du canapé.^

Ah ! Cœlie ! . . . C'est vous !

(il lui prend la main et la mène an bord du théâtre.] GOELIE, troublée.

Ce n'est pas ma main qu'il faut prendre... c'est cette carte.

(Desrosoirs et les joueurs de bouillotte sont assis au fond du théâtre. Des jeunes gens se sont assis à la table d'écarté à gauche. Dnlistel est debout rès d'eux et les regarde.)

LÉOPOLD, à C«Ue.

Merci... je ne joue jamais.

GCELIE.

Je le sais bien... mais je vous voyais tout seul sur ce ca^ napé.

LÉOPOLD

Seul... oh! non!... j'y étais avec vous... je pensais à vous qui êtes la meilleure et la plus aimable des femmes... (u re

gardant.) et jolie !... Je ne conçois pas comment je ne m*en étais pas encore aperçu.

CQELIE.

Comment, monsieur, c'est la première fois!...

LÉOPOLD

Oui, j'en suis tout surpris, et charmé. Mais vrai ! vous n'en aviez pas besoin, vous pouviez vous en passer, vous!... on vous aurait aimée sans cela!...

DULISTEL, à la table d'écarté à gauche.

Léopold, pariez-vous?

LÉOPOLD, remontant le théâtre.

Non!...

GCELIE, à part.

Nous y voilà enfin. Comment va-t-ily venir?...

(Elle Ta 6* asseoir sur le canapé à droite.)

LEOPOLD, aprèt aroir regardé antonr de loi et Toyant qu'on ne Técoute pas, s'approche du canapé oii vient de s'asseoir Cœlie, et lui dit à roix basse et arec chaleur.

. Cœlie, voulez-vous être ma femme?... voulez-vous m'épouser?...

CCELIE, étonnée.

Ah! mon Dieu!...

LÉOPOLD

Répondez!...

CQELIE.

Écoulez donc, quand on ne s'y attend pas!... c'est-à-dire, si, au contraire, je m'y attendais... mais pas si brusquement, et dans ce salon... au milieu de tout ce monde...

LÉOPOLD

Us ne peuvent nous entendre.

CQELIE, à part.

Oh! que j'ai envie de dire oui tout de suite!... (a Léopoid.)

Monsieur, ne vous fâchez pas, je vous en prie, et croyez bien que si ça ne dépendait que de moi... mais on croit ici que vous avez des défauts... on a des idées... (virement.) Pas moi, mais ma sœur! c*est son consentement qu'il faut demander... tout de suite, tout de suite, c'est l'essentiel .

LÉOPOLD

Et si je le demande, si je l'obtiens dès ce soir, le vôtre, Cœlie?...

CŒLIE.

Oh ! le mien... Cela vous inquiôte-t-il beaucoup? (Geste de Léopoid.) Prenez donc garde, monsieur, c'est ma sœur...

(tous les deax se lèvent.)

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