‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 50 sur 176 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

CÉCILE, NEUBOROUG, MARGUERITE.

MARGUERITE, donnant le bras à son père.

C'est-à-dire que le parc est magnifique ; et puis, c'est si grand, si étendu I

NEUBOROUG.

Beaucoup trop, pour les personnes qui s'y promènent à jeun.

CÉGIf^E.

Quel est ce vieillard, et cette jeune tille ?

NEUBOROUG.

Je n'ai plus de jambes, et suis trop heureux de m*asseoir...

CÉCILE

Le docteur Neuboroug, ici, à la cour !

MARGUERITE; à Neuboroug qui va s'asseoir.

Mon père, une grande dame qui vous reconnaît...

NEUBOROUG, se relevant.

Une grande dame !... Eh I oui, lady Sunderland, que j'ai vue bien jeune, car j'étais autrefois médecin de sa noble famille. Mais, nous autres anciens, on nous oublie... il n'est plus question de nous.

CÉCILE

Si vraiment I et j'ai à ce sujet, docteur, des compliments à vous faire. J'ai lu ce matin, dans le journal de la cour, que le faubourg de South wark vous avait élu hier membre de la Chambre des communes.

NEUBOROUG.

C'est vrai... madame la comtesse.

CÉCILE

Et porté par l'opposition I... C'est un échec pour le ministère...

• NEUBOROUG.

Je ne le crois pas !... On m'a jugé ^trop peu redoutable pour combattre une nomination qui, du reste, n'aura pas de suites, car, j'y suis décidé, j'écrirai dès aujourd'hui pour remercier et refuser.

CECILE

Tant pis! je vois votre parti bien malade, les médecins même l'abandonnent... et je conçois alors ce qui vous amène à la cour.

l'ambitieux 141

NEUBOROUG.

Moi ! . . . vous pourriez croire?. ..

CÉCILE

Que vous sollicitez... comme tout le monde... H n'y a pas de mal... et si je puis vous être utile... lectrice de la reine... j'ai quelque crédit près d'elle...

NEUBOROUG.

Je ne demande rien... je ne veux rien, milady... Je viens ici chez mon ami Robert Walpole, qui a bien aussi quelque pouvoir ; mais, grâce au ciel, je viens pour mon plaisir.

CÉCILE

Chez le ministre?...

MARGUERITE; passant près d'eUe.

Oui, madame, il nous a invités à venir passer la journée à Windsor, et son neveu est venu nous chercher ce matin !

CECILE, avec émotion.

Son neveu, lord Henri !

MARGUERITE, yivement.

Vous le connaissez?...

CÉCILE, d'un air indifférent.

Oui... je le vois tous les soirs... au cercle de la reine...

MARGUERITE

Et il a eu la bonté de venir nous prendre lui-même, pour nous amener icil... Il est si attentif, si galant, si aimable!...

NEUBOROUG, lui faisant signe.

MafiUe!...

MARGUERITE

C'est très-vrai, et milady doit le savoir, puisqu'elle le connaît... Et puis, en arrivant, il m'a offert la main... et, dans les deux premiers salons que nous avons traversés, <ïui étaient remphs de monde... des dames, des seigneurs de la cour... c'est à moi qu'il donnait le bras... Ah! que

113 GOMéDIBS — DRAMES

j'étais heureuse ! Ils m'auront prise pour une grande dame, une lad^... ils le disaient, n'est-ce pas?

NEUBOROUG.

Mieux que cela!... ils disaient : Voilà une jolie filial

MARGUERrrE, aT0e joit.

Vrail... Eh bien, je ne Tai pas entendu! je pensais à autre chose... surtout quand lord Henri nous a présentés à sa sœur, lady Juliana, qui est bonne et aimable comme lui... et qui voulait me garder près d'elle... Et puis enfin, il nous a conduits dans les jardins, en nous disant : « Je vais prévenir mon oncle, attendez-le ici; » et depuis une heure nous nous promenons dans le parc où tout ce que je vois me semble superbe, admirable, magnifique... Mon Dieu! que c*est beau de venir à la cour, et que je suis heureuse d'y être î

CÉCILE

Peut-être, mon enfaat, ne le diriez-vous pas longtemps!... mais pour aujourd'hui, je le conçois... surtout quand on a pour cavalier un jeune et brillant seigneur que l'on voit pour la première fois.

IIARGUERITE, TiremeaU

Mais non, madame, nous nous voyons très-souvent... et, pendant trois mois, tous les jours...

CÉCILE, Tirement.

Que dites-vous?

NEUBOROUG, l'arrêtant.

Ma fille 1...

CÉCILE

Je vois en effet que vous connaissez intimement Robert Walpole et tous les siens... (a Neuboroug.) Prenez-y garde, docteur, l'amitié de Walpole a souvent porté malheur ; mais, en tous cas, je vous dois un avis charitable : si, quoi que vous en disiez, vous attendez de lui des plaees, delà fortune, des honneurs..;

l'ambitieux 113

NEUBOROUG.

Moi!

CÉCILE

Hâtez- VOUS 1... car, c*est moi qui vous le dis et vous pouvez me croire, il n*a pas longtemps à rester au ministère... Adieu, docteur.

(Ella tort.)

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