I.MI I » ■ I I ■'— ' I ■ - Il ■! I I ■ I l
MARGUERITE, aUant à lui.
Lord Henri!... Comme il est agité!... Qu'avez-vous donc?
HENRI
Ce que j'ai ! Ah ! jamais plus qu'aujourd'hui je n'ai eu besoin de votre présence et de votre amitié. Je suis souvent bien tourmenté, bien malheureux! Et quand je vous ai vue... je pars presque content, ou du moins consolé.
Consolé ! vous avez donc des chagrins î
HENRI
Vous Tai-je dit ?
MARGUERITE
Eh! oui, vraiment!... Et lesquels?... Allons, confiance tout entière I... Il me semble que, moi, je vous dirais tout!
HENRI
Vous, Marguerite ! quelle différence ! vous n'avez pas de secrets.
MARGUERITE
Qu'en savez-vous?
HENRI
Vous seriez comme moi, vous aimeriez quelqu'un?
MARGUERITE
Peut-être bien.
HENRI
Mais vous, du moins, vous avez l'espoir d'être heureuse !.••
MARGUERITE
Nullement, je vous jure! Moi, je ne demande pas à être aimée ! j'aime toute seule et sans intérêt ; on ne peut pas empêcher cela, n'est-ce pas ?
HENRI
Oh ! non, sans doute. Et votre confiance fait naître la mienne! Apprenez donc qu'il y a ici... dans ce moment, une personne que j'aime et qui me désespère 1
l'ambitieux 155
MARGUERITE
Vraiment! Contez-moi donc cela !...
HENRI
11 semble qu'elle prenne à tâche de bouleverser ma raison I C'est un mélange de douceur et de fierté, de froideur et de coquetterie...
MARGUERITE
Que dites-vous?
HENRI
Avant-hier enfin, au cercle du roi, je n'ai pas même pu obtenir d'elle la faveur d'un regard...
MARGUERITE, portant la mais à son cœur.
mon Dieu !...
HENRI
Et tout à l'heure, à l'instant môme, et pour la première fois de sa vie, elle m'a presque dit qu'elle m'aimait... ou du moins, et malgré elle, son dépit, sa jalousie me l'ont laissé deviner !
MARGUERITE, à part.
Ah!
HENRI
Et ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que ce seul moment de bonheur que j'aie eu en ma vie, c'est à vous que je le dois, mon amie, c'est vous qui en êtes cause!
MARGUERITE
Moi! comment cela?
HENRI
Elle ne m'a parlé que de vous I des visites que je vous faisais chaque jour, des trois mois que j'ai passés dans la maison de votre père... « Cette jeune fille est charmante, a-telle ajouté ; vous l'aimez, monsieur, vous l'aimez, avouez-le ! » Et moi de me justifier et de lui attester que la seule amitié, ^ue l'affection la plus tendre, mais la plus pure, m'attachait
ù VOUS... Mais, pardon! mon amitié est bien égoïste, elle ne vous entrelient que de mes craintes ou de mes espérances... Et les vôtres... et cet amour que vous m'avez presque avoué tout à rheureî
MARGUERITE
Ah!... je vous en conjure!...
HENRI
Votre confiance n'égale donc pas la mienne ? vous ne me regardez plus comme un frère !
MARGUERITE
Un frère!... si vraiment!... toujours! Mais pourquoi penser à un attachement sans espoir?...
HENRI
Que dites-vous?...
MARGUERITE
Que je suis plus malheureuse que vous, car il ne songe pas à moi!...
HENRI
Ce n'est pas possible !... vous qui rendriez un mari si heureux, vous en qui brillent taiit de qualités 1
MARGUERITE
Il ne les voit pas !
HENRI
Gomment peut-il être assez aveugle... surtout s'il est reçu, s'il est admis chez votre père ?... Ah I je sais qui !
MARGUERITE
C'est fait de moi !... Non, monsieur... ne croyez pas...
HENRI
Votre cousin... ce jeune avocat... sir Thomas Kinston,pour qui vous vouliez hier me solliciter...
MARGUERITE, Tirement.
Oui, milord, oui, c'est lui-môme! Mais silence, au moins, et que personne au monde... surtout lui... ne puisse jamais
l!âmbitibux 157
se douter!... Je Toublierail... je vous le promets, il n*en saura rien...
HENRI
Pauvre enfant ! Que ne puis-je sacrifier de mon bonheur pour ajouter au vôtre ! (Lui prenant la main.) Ma bouue Mar- ^erite, mon amie, ma sœur, si vous saviez quelle part je prends à vos peines... si vous saviez combien je vous aime!....
Il ARGUERITE, se dégageant de ses bras.
Assez !... assez I (a part.) Ah I il me fera mourir !
HENRI
Mon oncle!...