SCÈNE VI
WALPOLE, seul, s'asseyent près de la table.
Oiu, c'est bien cela... lord Henri... premier ministre... voilà l'ordonnance qui le nomme... (prenant la plume.) E^
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quand je l'aurai conlre-signée, je ne serai plus rien !... il aura pris ma place I... (Jetant u plume.) Et si je la redemandais cette place I... si je disais au roi : « C'est mon bien, elle m'appartient ; rendez-la-moi... » car nul au monde ne pouvait me renverser... et c'est moi... moi-môme qui me déshérite, qui me ravis le fruit de trente années de travaux et de peines... cela ne doit pas être... cela n'est pas juste !... Le roi le saura... (ii se lève et fait quelques pas.) Je cours le lui dire... (s'arrêtant.) et me couvrir de ridicule, m'exposer à toutes les railleries... et qui plus est, à un refus peut-être... car maintenant, engoué comme il l'est de mon neveu, il le préfère à tout, rien ne pourra l'en détacher... Et puis, les Sunderland ne sont-ils pas là qui poussent à ma ruine et se disputent mes débris!... Et si le roi refuse !! ! ce n'est plus une démission I... c'est une disgrâce, un exil... un renvoi I... ah ! (Se remettant à la table et reprenant la plume.) AUonS...
il le faut... il faut se résigner !... il faut subir son sort !... est-il donc si terrible après tout î Vingt fois dans ma vie n'ai-je pas désiré ce qui m'arrive aujourd'hui ? Ne Tai-je pas demandé moi-même... et le repos, après tant d'orages, est-il donc sans douceur et sans charmes? Allons... signons !... (il approche la plume du papier et s'arrête.) Signer SOn
propre arrêt !... signer la réputation, la gloire d'un rival ! et faire un ministre de ce favori qui m'a déjà enlevé la faveur du maître!... Non... non, je ne peux pas écrire... ma main s'y refuse et se raidit !... mes nerfs se briseraient... (Jetant la plume.) C*est impossible !... j'en mourrais plutôt... je le hais ! je le déteste ! tout autre au monde, pourvu que ce ne soit pas lui !