‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 99 sur 176 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

M. DE MIREMONT, GÉSARINE, OSCAR, BBRNARDET.

OSCAR, allant au-devant de M. de Miremont à qui Césarine donne le bras.

Que c'est aimable à vous, monsieur le comte, de venir ainsi à un déjeuner de garçons !

BERNARDET

Et de si bonne heure encore I Ça ne m'étonne pas. L'exactitude est la poHtesse des... supériorités en tout genre. A ce titre, vous deviez arriver le premier.

M. DE MIREMONT, à Oscar. *

Oui, mon cher ami, j'ai voulu venir de bonne heure pour vous prévenir qu'à mon grand regret je ne pouvais pas déjeuner avec vous !

OSCAR

O ciel !

M. DE MIREMONT

Et vous faire moi-même mes excuses.

BERNARDET, bat à Oscar.

Que vous disais-je?

272 COMKDIES — DRAMES

M. DE MIREMONT

Nous avons ce matia au Luxembourg, à la Cliambre des pairs, une séance où je suis indispensable.

OSCAR

Comment !... vous ne pourriez pas y manquer?...

C'est précisément ce que tout à Fheure me disait ma femme.

OSCAR, naïvement.

En vérité?...

M. DE MIREMONT, d'un air grave.

Parce que les femmes ne se doutent pas de l'importance des choses; elles voient une partie de plaisir qui les séduit et voilà tout... mais nous autres!... c'est différent!

BERNARDET

Je présume que monsieur le comte a souvent à combattre... et contre un redoutable adversaire...

M. DE MIREMONT

Mais, non, Césarine est vraiment fort raisonnable... Je lui cède volontiers, et môme avec empressement, dans toutes les petites occasions qui peuvent lui être agréables ; mais dès qu'il s'agit d'affaires graves, d'affaires d'Etat!... elle sait bien qu'il est inutile de me prier... et elle ne l'essaye même pas.

CESARINE.

Aussi ce matin, monsieur, vous me rendrez la justice de dire que je n'ai pas insisté.

M. DE MIREMONT

C'est vrai.

céSARINE.

El cependant, si vous l'aviez bien voulu, vous auriez pu ne pas causer ce désappointement à ce pauvre Oscar, et donner congé à la Chambre haute, qui devrait bien s'habituer

LA GAMARADISRIE 273

à marcher sans vous; car, enfin, si vous étiez malade...

M. DE MIREMONT, d'an air sévère.

Ma femme !...

CÉSARINE

Allons, ne vous fâchez pas, je me tais... je n*ai pas envie de me faire une querelle, et puisque vous le voulez absolument, que rien ne vous arrête... allez au Luxembourg ; j*irai pendant ce temps à la séance du Conservatoire... si toutefois vous ne vous y opposez pas encore.

M. DE MIREMONT, s'inclinant et lui prenant la main.

Ma chère amie...

CÉSARINE

J'ai dans la loge du ministre une place que sa femme m*a offerte, et qu'heureusement je n'avais pas refusée.

M. DE MIREMONT

A la bonne heure. .

BERNARDËT, à part.

C'est là qu'elle voulait aller!

CESARINE, gaiement à Oscar.

Ce sera du moins un dédommagement, qui ne me consolera pas de ce que je perds, mais qui m'empêchera d*y penser... (a m. de Miremont.) Partez vite ; la voiture vous conduira d'abord au Luxembourg et viendra me rejoindre ici... où j'ai à parler à M. Bemardel.

BERNARDËT.

Trop heureux d'être à vos ordres.

Oscar, donnez donc le bras à votre cousin... jusqu'à la voilure.

M. DE MIREMONT

Comme vous voudrez... mais c'est inutile.

BERNARDËT.

Je le crois bien, monsieur le comte n'a pas besoin de

bras ; il a pour son âge une vivacité et une verdeur... Il esl plus jeune que nous.

OSCAR, d'an air malin*

Je m'en rapporte à ma cousine !

CÉSARINE

Vous «Hes bote, Oscar !

OSCAR, riant.

N'est-ce pas, je suis drôle I... (a part.) Elle est un peu bégueule, ma cousine, mais elle est bien aimable... (offrant

son bras ù M. de Miremont.) Je VOUS COnduis jusqu*en baS...

(a Bernardet.) Je douuo Ics derniers ordres pour le déjeuner... (a Césanne.) et je rcvions.

M. DE UIREMO.NT.

Adieu, ma femme!... ne sois pas fâchée contre moi, el surtout ne t'impatiente pas. Dans un quart d'heure je le renvoie la voiture.

(il sort avec Oscar.)

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